Choupie-chat, Papa-chat, la vie et moi...

19 septembre 2016

Réapprivoiser ma fille

Comme beaucoup le savent, et pour ceux qui ne le savent pas, j'ai été malade ces derniers temps. Je ne sais pas d'ailleurs si je peux vraiment en parler au passé, la guérison est peut-être un peu précaire. Surtout que j'ai dû diminuer ma dose de médicaments à cause d'effets secondaires pas cools du tout (du genre avoir l'impression d'être en dehors de son corps...). C'est pour cette raison que j'ai un peu moins été présente sur vos blogs (pardon), et évidemment complètement absente ici.

Je n'ai pas été malade gravement (je n'ai pas de cancer ou autres tumeurs, pas que je sache, du moins), mais suffisamment pour être hospitalisée à deux reprises en moins d'un mois. Une fois pendant trois jours en août, et une fois pendant presque deux semaines au début du mois de septembre. J'en suis sortie mardi dernier, un peu chancelante, mais heureuse de retrouver mon chez-moi.

Et ma fille.

Ma fille que pendant deux semaines et trois jours, je n'ai vue que par intermittence, trois ou quatre heures par semaine, lors des visites que son père me rendait à l'hôpital. Ma fille qui pendant deux semaines et trois jours a été bringueballée entre la maison de ma mère, notre appartement, sa nounou, et la maison des parents de Papa-chat. Est-ce que c'était une solution idéale ? Évidemment non. Mais c'était la seule qu'on avait, dans la mesure où son père devait continuer à travailler pour subvenir aux besoins de la famille, ce que je ne pouvais pas faire de mon lit d'hôpital. Et puis je suis rentrée.

Et j'ai eu l'impression d'être une inconnue pour ma fille. D'ailleurs, les premiers jours, elle se trompait, elle m'appelait "Papa". Pendant deux semaines et trois jours, son père avait été son seul point de repère. Pendant plus longtemps, même, car entre mes deux hospitalisations, j'étais tellement malade qu'il m'était impossible de faire la moindre chose, y compris m'occuper d'elle. Alors que c'est ce que j'avais fait, à plein temps (ou presque), pendant deux ans et demi.

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La première fois que je l'ai quittée une nuit, elle avait 8 mois. La première fois que je l'ai quittée pendant quelques jours, elle avait un peu moins d'un an et demi. Je l'ai allaitée presque 18 mois, je l'ai portée, dans mon ventre et dans mes bras, pendant toute sa vie, aquatique et terrestre. Je travaille chez moi, du coup, elle me voit tout le temps. Quand elle se lève le matin, je suis là. Quand elle se couche le soir, je suis là. Quand elle part pour chez sa nounou, je suis là. Quand elle rentre également. Je suis un point fixe dans le paysage de ma fille. J'étais un point fixe.

En rentrant de cette longue hospitalisation, je me sentais comme une intruse. Je lui réclamais un bisou, elle allait embrasser le chat. Elle ne me demandait plus rien, s'adressant uniquement à son père. Je ne savais plus jouer avec elle. Je ne me sentais plus légitime pour la gronder. Je n'en avais plus envie, aussi. Moi, je voulais seulement qu'elle m'aime. Et ce lien si fort qui existait entre nous, je ne le sentais plus.

Je sais que deux semaines d'absence, ce n'est pas la mort du petit cheval. De nombreux parents laissent leur enfant deux semaines sans se poser de questions (ceci n'est pas un jugement, chacun a sa propre organisation familiale). Mais je pense qu'il y avait aussi de la culpabilité. Ce n'était pas un choix réfléchi, j'étais malade, je devais m'occuper de moi-même avant tout, pour aller mieux. Culpabilité de me soigner, culpabilité d'être malade.

J'ai aussi énormément culpabilisé que ma fille me voie malade. Qu'elle se pose des questions qui ne sont évidemment pas de son âge, comme "Pourquoi Maman elle pleure ?" Ce n'était pas la première fois qu'elle me voyait pleurer (il m'est arrivé quelques fois de craquer devant elle), mais sans doute la première fois que c'était aussi longtemps, et aussi souvent. Pendant toute cette période, Choupie a dû se poser énormément de questions. J'espère qu'à présent, je pourrai être la mère que je veux être, que j'ai toujours été.

Alors hier, je l'ai portée à nouveau. Je lui ai tenu la main. J'ai joué avec elle. Je l'ai grondée parce qu'elle mangeait du gruyère rapé en se servant directement dans le paquet du frigo et en en mettant partout. J'ai été sa mère. Et je me suis dit qu'il avait peut-être un espoir.

Ce matin, elle est partie pour une semaine chez ses grands-parents paternels. Pour que je puisse me reposer pendant que son père travaille, pour que je n'aie pas à la déposer chez la nounou, pour que je n'aie pas à rester seule avec elle le soir ou le matin. Bien sûr que je culpabilise, encore et toujours. Quand son père l'a quittée, elle a crié et pleuré. Je ne sais pas comment elle nous recevra quand on viendra la chercher. Est-ce qu'on sera encore ses parents ? Est-ce que je serai encore sa mère, moi la malade, l'absente, la cause de tout ça ?

Mais avant de partir, elle m'a fait un bisou. Plutôt trois fois qu'une. Alors j'ose croire que ça va aller.