Il y a une mode en ce moment chez les jeunes (ou moins jeunes) mères qui consiste à revendiquer leur imperfection. Une mode qui va de pair avec l'adage tout aussi à la mode : "Avant, j'avais des principes. Maintenant, j'ai des enfants." Attention, les blogueuses que je cite sont des blogueuses que j'adore, sinon je ne les lirais pas (note à moi-même : commencer ma liste de liens de blogs parents), et ce qu'elles disent dégouline de vérité. Il n'empêche, je pense qu'il y a une dérive dangereuse qui consisterait à se complaire dans le n'importe quoi éducatif. J'avais lu sur un blog (de papa) une phrase qui allait à contre-courant de cette idée et que j'avais trouvée magnifique : "Avant, je n'avais pas d'enfant. Maintenant, on a des principes." Si vous avez la flemme d'aller y jeter un oeil, ça explique en gros que quand on réfléchit un peu, on se rend compte que les enfants c'est trop précieux pour faire n'importe quoi avec.

Bref, quand je suis devenue maman, j'avais tout ça en tête. Que je ne pourrais pas être parfaite, que je ferais forcément des concessions sur mes principes, mais que je devrais quand même faire de mon mieux. D'ailleurs, j'avais eu l'occasion d'expérimenter. Des parents avaient été assez sympas pour me prêter leurs enfants histoire que je puisse me faire la main (comble de la cordialité, ils me filaient même un peu d'argent en sus) (ça s'appelle être jeune fille au pair, en fait). Et je m'étais bien rendue compte que je n'étais pas la nounou/grande soeur/mère de substitution (rayez la mention inutile) idéale. Jouer aux playmobils m'ennuyait rapidement, j'étais souvent démunie face aux crises de larmes et je savourais chaque minute de mes jours de congé. Mais j'avais une excuse de taille : ce n'étaient pas les miens. Si j'étais extrêmement attachée à mes petits protégés, je n'avais pas l'amour maternel pour me pousser à me surpasser et je n'avais finalement qu'une influence minime sur leur éducation.

Et puis je suis devenue mère et force est de constater que ça ne s'est pas amélioré. J'ai beau me vanter de posséder le mode d'emploi du bébé, je ne suis pas une mère parfaite, c'est certain. Je ne sais jamais comment habiller ma fille et à chaque fois que je vois un médecin, je m'attends à des reproches (elle est en pyjama alors que c'est le jour, elle n'a qu'un petit gilet alors qu'il fait froid, elle a des leggins alors qu'il fait chaud...). Elle est moyen propre, aussi : elle a toujours du cradouillou dans les oreilles (j'ai beau l'enlever, ça revient toujours trop vite) (je l'appelle "Hazel le rex devon", comprendra qui pourra), elle a des croûtes de lait dans les sourcils (idem) et des pellicules dans les cheveux (idem) (si si, on la lave, des fois). Et puis elle a une sucette, une tétine, une tototte, appelez ça comme vous voulez, et tant pis si : c'est mauvais pour ses dents (argument dentiste), ça contrarie sa mise au sein en comblant son désir de succion (argument leche league) (mais en fait je vous assure qu'elle sait très bien la cracher quand elle a la dalle), ça la rend dépendante et on n'arrivera jamais à lui faire lâcher (argument universel). Oh et puis bien sûr, si j'arrive à peu près à faire des lessives et des vaisselles, il est clair que le ménage n'est pas fait impeccablement chez moi et qu'il est même sérieusement délaissé depuis que bébé est là (et je ne culpabilise même pas vraiment, contrairement à d'autres unperfect mums). Mais tout ça, ce n'est pas bien grave, j'en ai conscience.

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Le problème, c'est qu'il n'y a pas que ça. Que même sur des points importants pour moi, pour elle, pour nous, je suis défaillante. Je m'étais par exemple promis de ne pas laisser pleurer, de nourrir à volonté, d'être toujours disponible pour mon bébé. Et je vous jure que j'essaie. Mais j'ai quand même l'impression de rater. Je ne laisse pas pleurer, mais elle pleure avec moi au lieu de pleurer seule, alors quelle différence ? Je nourris à volonté, mais j'ai l'impression que c'est de ma faute si elle a mal au ventre après (alors j'essaie de supprimer le fromage, les yaourts, les glaces, les nectarines... tous les trucs qui seraient supposés lui donner possiblement mal au ventre... mais à la fin, je mange quoi, moi ?). Je la berce, je la console, je l'éveille, je lui fais des sourires et je lui parle... mais souvent j'en ai juste marre et je ne lui présente qu'un visage fermé ou je la file à son père dès que j'en ai l'occasion. Je trouve pardonnable qu'elle soit habillée comme l'as de pique, qu'elle ne soit pas proprette tout le temps, qu'elle ait une sucette sur toutes ses photos et qu'elle évolue dans un milieu loin d'être stérile... mais parfois, j'ai vraiment l'impression que je m'en occupe n'importe comment, voire que je la rends malheureuse et c'est vraiment ça, le pire.

Alors il est vrai que ma Choupie-chat n'est sans doute pas un bébé très facile. Ce week-end, nous étions de visite chez les parents de Papa-chat et nous avons vu le cousin de Choupie, qui a trois semaines de plus qu'elle. Sa mère avait beau répéter qu'il piquait des colères monstrueuses le soir, nous n'en avons rien vu. Nous n'avons vu qu'un bébé rigolard dans son transat, qui s'apaisait instantanément au contact des bras de sa mère dès qu'il commençait à grogner un peu. Un bébé certes très materné, que sa maman ne quittait jamais d'une semelle, mais un bébé sympa, qui était calme la journée, se montrait un peu grognon le soir mais s'endormait gentiment la nuit.

Choupie-chat ne passe jamais une après-midi à rigoler dans son transat. Eveillée, elle y reste une demi-heure maxi. Quant à ses phases de sourires, par jour elles se comptent sur les doigts de la main (si si, elle sait faire, c'est juste qu'elle est pas souvent in the mood for smile). Les crises de colère, par contre, sont légion : elle se met alors à hurler et les bras ne la calment pas. Il faut soit la faire téter (quand c'est moi qui la prends), soit la promener (quand c'est son père qui la prend) (par contre si c'est moi, c'est le sein ou rien, les promenades ne marchent pas). Sans compter qu'elle pleure quand elle se réveille, quand on la change, quand on la déshabille, quand elle n'arrive pas à faire caca, quand sa sucette est tombée, quand on la met dans son cosy, quand elle lâche le sein par erreur, quand le lait ne coule plus assez vite, quand elle se sent seule, quand on s'occupe trop d'elle... Et elle ne fait pas ses nuits loin de là : elle se réveille très souvent et parfois elle ne veut même pas se recoucher. On tient le coup parce qu'on est jeunes, parce que je ne travaille pas et parce qu'on se partage ses soins quand on est tous les deux mais si j'avais quinze ans de plus, un boulot prenant et un mari démobilisé, je pense que je péterais volontiers un plomb.

Et c'est le serpent qui se mord la queue, car si elle est comme ça, c'est peut-être bien à cause de moi. Je lui donne peut-être parfois trop à manger, ce qui lui donne des coliques. J'essaie peut-être parfois bêtement de la faire patienter au moins deux heures entre chaque repas, ce qui la frustre. Je l'ai peut-être trop habituée à être consolée au sein, ce qui l'a rendue réfractaire aux autres méthodes. Je me suis peut-être trop précipitée au moindre pleur, ce qui l'a rendue dépendante. Je ne réponds peut-être pas comme il faut à ses besoins et beaucoup de ses colères sont sans doute légitimes. Ou peut-être qu'elle a un vrai problème et que je ne suis pas fichue de le voir. Un gros souci digestif qui lui pourrit la vie. Ou quelque chose de plus grave encore, un trouble du développement, que les pédiatres auraient loupé parce qu'ils ne voient les bébés que dix minutes une fois par mois et se fient à ce qu'on leur dit pour le reste du temps mais que moi qui passe mes journées avec elle, j'aurais dû remarquer. 

Je ne cherche pas à recevoir de leçon. Je ne la laisserai pas pleurer dans son lit (ce sont de toute façon les mêmes qui me disent : "Il faut supporter ses cris." et "Vite vite, il faut trouver un moyen de la faire taire !"), je n'attendrai pas trois heures pour la faire manger si elle réclame (ce sont aussi les mêmes qui disent : "Il faut lui laisser le temps de digérer." et "Mais voyons, pourquoi vous ne lui donnez pas, on voit bien qu'elle est affamée cette petite !"), je ne lui achèterai pas quinze médicaments miraculeux pour une maladie qui n'a pas été diagnostiquée. Il n'y a rien de pire que les conseils donnés froidement par des gens qui ne sont pas concernés à de pauvres parents qui font de leur mieux en étant H24 sur le front. Je me demande juste pourquoi ce qui marche chez les autres ne marche pas chez moi. Et je me dis que finalement, je ne suis peut-être pas faite pour être maternante, pour couver, porter et allaiter, que je n'ai pas assez de tendresse, pas assez de patience, que c'est peut-être pour ça que ça foire. Et pourtant je refuse de faire autrement.

J'espère juste qu'elle grandira vite, qu'elle sera heureuse et en bonne santé. Que mes pauvres principes éducatifs bien mal appliqués lui seront quand même favorables. Que toute cette période d'incompréhension où on a l'impression de se battre contre des moulins à vent sera bientôt derrière nous.