J'ai toujours imaginé que je serais une mère abominable. Cela peut sembler paradoxal dans la mesure où le grand but de ma vie a toujours été de devenir mère. Peu m'importait mon travail, mon lieu de vie, et peut-être même mon conjoint, du moment que je savais qu'un jour je mettrais au monde un mini-moi. Pour qui, pourtant, j'étais sûre d'être un fléau.

Qu'on le veuille ou non, les parents ont eu une influence considérable sur la personne que deviennent leurs enfants. Des parents angoissés font des enfants stressés, des parents autoritaires font des enfants psychorigides, des parents tendres font des enfants aimants. J'ai toujours manqué de confiance en moi et je ne suis toujours pas certaine d'être une bonne personne. Je ne suis pas douce, je ne suis pas affectueuse, je ne suis pas patiente. Était-ce vraiment à moi qu'il fallait confier l'éducation d'un enfant, fût-il le mien ? N'étais-je pas destinée à mettre au monde une série de petits névrosés qui m'en voudraient toute leur vie de leur avoir donné le jour ? C'est peut-être à cause de ces réflexions que j'ai un pété un plomb durant ma grossesse, au moment où je me prenais mes contradictions en pleine face : j'étais toujours persuadée que je serais nocive pour mon futur enfant, mais le futur enfant était déjà là, il n'y avait pas de retour en arrière possible.

Alors pour moi, le maternage, c'est plus qu'une théorie, c'est une thérapie. C'est ma façon de dire à ma fille que je l'aime, qu'elle est toute ma vie et que je serai là pour elle durant toute la sienne, de vie.

Comme j'avais l'intention de vous écrire sous peu des articles sur le portage, l'allaitement et le sommeil partagé, que je pratique quotidiennement à des degrés divers (j'allaite exclusivement Choupie-chat mais elle dort majoritairement dans son propre lit et je ne la porte pas en continu), je voulais déjà faire un point sur le maternage.

Mais alors, justement, qu'on a tendance à le réduire à ces pratiques, je pense que c'est plus un état d'esprit. On peut très bien ne pas allaiter pour une raison X ou Y, ne pas porter parce qu'on préfère investir dans une poussette tout confort et être une flippée du co-dodo, tout en étant tout de même branchée maternage. Et on peut allaiter, porter et cododoter sans rechercher prioritairement le bien-être de son enfant. Le maternage, pour moi, c'est plutôt veiller à satisfaire rapidement les besoins de son bébé afin qu'il se sente à l'aise et confiant dans sa vie actuelle et future. C'est considérer que tous les pleurs ont une raison, même si on ne la comprend pas. C'est se souvenir en permanence qu'il n'y a pas de caprice chez les bébés. Vous avez passé une mauvaise journée au travail et vous êtes grognon et irritable en rentrant chez vous... vos proches diront-ils que c'est un caprice ? Les bébés aussi ont leurs mauvaises journées et de la frustration à exprimer parfois.

Le dogme du caprice qui n'existe pas est certainement le dogme number one du maternage. Mais c'est un des plus durs à accepter, car quand un bébé pleure dès qu'on le pose, pleure encore quand on le reprend et ne s'apaise que quand on se met à marcher, on est tout de même tenté de croire qu'il nous mène en bourrique et qu'on n'est pas loin de devenir son esclave. Pour tout arranger, d'aucuns (et d'aucuns genre beaucoup) vous diront que c'est le cas, que ce perfide bébé vous réduit en esclavage. Il va alors falloir être fort pour rester ferme dans ses convictions. Car comme dirait une personne de ma connaissance (virtuelle), "on entend de tout".

Il y a ceux qui vous disent que c'est un mode de vie pour parents feignants et démissionnaires qui cèdent tout à leur enfant pour épargner leur audition. J'ai du mal à croire que se montrer tout le temps disponible à toute heure du jour ou de la nuit pour son enfant soit la solution idéale pour des parents qui ne voudraient pas se fouler. Les parents feignants et démissionnaires ne sont-ils pas plutôt ceux qui ferment la porte sans chercher à comprendre pourquoi leur progéniture hurle ? Ne vous en faites pas, il m'arrive aussi d'avoir à supporter des cris de bébés. La différence, c'est qu'ils sont dans mes oreilles au lieu d'être dans la pièce à côté.

De l'autre côté, il y a ceux qui vous disent que ça demande vraiment trop d'énergie et d'implication aux parents, que ce n'est pas vivable. Mais entendre des cris sans réagir, rationner les repas et priver un enfant qui a faim, obliger un bébé à dormir à heures fixes alors qu'il est trop petit, qu'il n'y arrive pas et fait une java d'enfer, ce n'est pas usant ? Pour moi, répondre aux besoins que mon bébé exprime, c'est une forme de simplicité. Je ne me demande pas : est-ce qu'elle va virer capricieuse, devenir obèse, être malade, ne jamais se régler, vivre la nuit et dormir le jour (si ce dernier point vous inquiète, sachez qu'à 2 mois, Choupie reconnaît fort bien la nuit, qu'elle ne se réveille qu'une fois pour manger et se rendort de suite) ? Je lui fais confiance pour faire ce qui est bon pour elle.

(De la même façon, excusez la comparaison, je ne rationne pas mes chats, ils mangent ce qu'ils veulent quand ils veulent. Et ils sont loin d'être obèses.)

Pour autant, je ne suis pas une extrémiste du maternage. Certes, à l'heure où je vous parle, ça fait trois heures que j'ai ma fille sur moi, j'écris d'une main, je meurs de chaud et mon corps tout entier me fait souffrir. Mais ce n'est pas habituel. Généralement, elle passe une bonne partie de sa vie séparée de moi. Je ne suis pas loin, mais je ne suis pas collée à elle. Ce n'est pas que je ne voudrais pas pratiquer un maternage extrême, à l'africaine, bébé dans une écharpe H24 et seins tout le temps dispo, c'est juste que je ne peux pas. Je suis une boule de nerfs (Choupie-chat aussi, les chats ne font pas des chiens), j'ai besoin que les choses aillent vite et bien. Actuellement, je pense à mon linge qui attend d'être plié, à la literie qui attend d'être changée et à la vaisselle qui attend d'être faite. Heureusement que j'ai réussi à garder l'ordi près de moi pour ne pas avoir l'impression de perdre tout à fait mon temps !

Alors non, je ne porte pas tout le temps : j'ai essayé de faire du ménage et de la cuisine avec mon bébé dans le porte-bébé (déjà j'ai un porte-bébé -physio tout de même- et pas une écharpe, shame on me)... ben c'est compliqué (oui, je sais, certains y arrivent... eh bien chapeau !). Et puis j'avoue, quand je la pose dans son transat ou dans son lit, je me dis que c'est quand même bien pour elle d'acquérir un peu d'autonomie (toute relative à 2 mois, on est d'accord !). Pour moi il est important qu'un enfant sache jouer seul, je considère qu'un parent n'est pas un animateur de centre aéré (proposer des jeux aux enfants, oui, tout faire avec eux, voire à leur place, non).

Mais je pense aussi qu'il y a deux façons d'acquérir l'autonomie. La manière forte qui consiste à dire : "Maman fait ses choses, alors débrouille-toi" et la manière douce qui tend plutôt vers : "Maman fait ses choses et toi les tiennes, mais je suis là en cas de besoin". Et au final, les enfants les plus "efficacement autonomes", c'est à dire les enfants confiants en l'environnement extérieur, sûrs de leurs capacités et capables du plus d'initiatives sont ceux qui savent qu'ils n'avancent pas seuls dans leur vie, que quelqu'un assure leurs arrières, encore et toujours. Je ne l'ai pas inventé, c'est scientifique.

perefilleJe n'ai pas beaucoup de selfies de Choupie-chat et moi (parce que je n'ai pas que ça à faire quand je la garde), par contre j'ai des tonnes de photos de Choupie-chat et Papa-Chat. Une occasion de préciser que si pendant tout cet article j'ai parlé de maternage, le papa de Choupie est aussi dans la même optique. Et que même si je suis la première concernée car je ne travaille pas (pour le moment du moins) et que j'ai des seins qui sont de fidèles alliés dans la démarche d'apaisement de mon bébé, il serait plus juste de parler globalement, dans notre cas du moins, de "parentage", plus encore que de maternage.

Petite précision : Si je ne crois pas qu'il faille obligatoirement allaiter, porter et cododoter pour materner, je suis par contre persuadée que le maternage est la meilleure façon de s'occuper d'un bébé. Mais je suis végétarienne et donc rompue à la gymnastique intellectuelle qui consiste à désapprouver sans blâmer. Tout comme je ne mets pas au même niveau les gens qui mangent de la viande et ceux qui s'amusent à torturer les animaux, je ne mets pas au même niveau les gens qui ne maternent pas et ceux qui maltraitent leurs enfants. Nous nous sommes tous posé des questions, et y avons apporté des réponses différentes... alors, restons amis ?