Dans les blogs de PMA (oui, je connais des blogs de PMA : quand on passe huit mois à essayer de faire un bébé, il y a forcément un moment où on se demande si on ne va pas en passer par là), on parle de "Mère Nature la Truie". Je ne dirais pas que Mère Nature est une truie. Au contraire, elle m'a donné un super embryon, qui a eu la force de s'accrocher huit mois et trois semaines pour de devenir un super bébé. D'ailleurs, j'ai toujours été plus ou moins croyante, mais depuis mon adolescence, j'avais cessé d'adresser des prières régulières à Dieu. Depuis que Choupie-Chat est là, je le remercie presque chaque soir (j'ai vraiment de grands élans d'amour pour Dieu) et je lui demande de la préserver (et les autres aussi, mais enfin, surtout Choupie, enfin, je ne veux pas de mal aux autres, ce serait cool de protéger aussi mes soeurs, ma mère, mon mari, mes amies, mais s'il ne faut en garder qu'une, enfin, Choupie avant tout, enfin, tu me comprends, Dieu).

Dieu, Mère Nature, selon nos croyances, selon les moments. Par exemple, il ne me viendrait pas à l'idée de dire du mal de Dieu (même si à 8 ans, je n'ai pas bien compris pourquoi il avait tué le papa d'une de mes copines qui était pourtant sympa et méritait assurément de vivre), mais Mère Nature, si ce n'est pas exactement une truie, c'est parfois une petite conn coquine.

J'ai passé cinq premiers mois de grossesse tout pleins de vomis et de crises d'angoisse idylliques. Mis à part le fait que je ne pouvais rien absorber et que j'avais une peur panique de sortir de chez moi quelques petits soucis mineurs, tout allait bien.

Mais à 5 mois de grossesse, au cabinet d'échographie, on m'annonce successivement que j'attends une fille (youpi) et qu'elle a un kyste dans la tête (moins youpi). Toutefois, ce n'est pas grave, ça arrive souvent, et d'ailleurs ça se trouve ce n'est pas un kyste, juste une petite structure zarbie qui va se normaliser. Toujours est-il qu'on nous prescrit une surveillance régulière à l'hôpital. Où le gynécologue a toutes les difficultés du monde à trouver le fameux kyste. D'ailleurs, les internes qui m'examinent les fois suivantes ne voient jamais rien. Au final, le gynéco décrète que le kyste a disparu, s'il a un jour été là.

Arrive l'échographie des 7 mois de grossesse et une nouvelle source d'inquiétude fait son apparition. On me dit qu'il faut surveiller mon fœtus, qui est décidément bien chétif et pas bien loin du retard de croissance intra-utérin (RCIU pour les intimes). C'est reparti pour des échos tous les quinze jours. Et si les échographie du kyste étaient assez sympa car les gens s'attardaient longuement sur la tête de notre bébé dont on voyait chaque trait du petit visage, les échographies de surveillance de croissance sont nettement moins fun. Mesure du tour de tête, du tibia, de l'abdomen et au revoir Madame, à dans quinze jours.

Finalement, Choupie-Chat naît à 40 semaines d'aménorrhée, 47 cm et 2,8 kg. Normale, quoi. Pas très grande, pas très grosse (en même temps elle a un papa d'1m68 et une maman d'1m64, pour respectivement 56 et 49 kg), mais normale. On nous fait une petite frayeur à la maternité : soit disant elle a perdu trop de poids, il faut rester un jour de plus pour contrôler. Mais elle reprend aussitôt et on nous laisse partir avec notre bébé en pleine santé sous le bras et nos rêves parentaux devenus réalité.

Pendant ses premières semaines de vie, nous remarquons qu'elle ne tourne a tête que du côté droit. A l'examen du premier mois, on nous annonce un torticolis congénital (sûrement pas si congénital que ça, puisque nous avons des photos prises juste après sa naissance où elle tourne la tête à gauche) avec une légère plagiocéphalie (aplatissement du crâne, en français) du côté où elle dort. Ce n'est pas grave, ça arrive fréquemment, ça va se régler avec un peu de kiné. Et c'est parti pour deux mois de kiné deux fois par semaine.

A l'examen des 3 mois, Choupie-chat tourne bien sa tête des deux côtés. On a l'autorisation d'arrêter la kiné (dommage, en deux mois on avait tous commencé à apprécier ces petits moments de babygym bihebdomadaires remboursés par la sécu) (et on s'était attachés à la kiné). L'examen est cette fois-ci tout à fait rassurant, quoique je lise sur le carnet de santé "pupilles à vérifier". Et en effet un mois plus tard, le couperet tombe : "J'ai remarqué une légère asymétrie des lueurs dans ses pupilles. Vous la voyez loucher, parfois ?" Non, on ne la voit pas loucher. Elle a un côté de la tête légèrement plus plat que l'autre, ses cheveux poussent dans l'anarchie la plus totale, elle nous fait régulièrement de l'eczéma à divers endroits, manquerait plus qu'elle louche, tiens. "Vous ferez bien attention, hein, et on revérifiera la prochaine fois." Super.

souffranceAllez, Choupie, frotte-toi les yeux, montre comme tu souffres, c'est pour le blog.

Entre-temps, nous devons nous rendre à l'évidence : non, notre fille ne s'approche pas dangereusement du BABI (comprendre "bébé à besoins intenses"), notre fille est un BABI (article à venir, aux 3/4 écrit, mais comme on dit : priorité au direct !). Nous sommes de jeunes parents, nous n'avons pas de référence concernant un éventuel "bébé normal", mais punaise, non, s'occuper d'un bébé, ce n'est pas possible que ce soit aussi dur ! Ce n'est pas possible que tous les parents supportent des cris de bébé à longueur de journée, que tous les parents ne puissent pas poser leur bébé sans qu'il hurle, que tous les parents passent leur vie un sein à l'air (enfin, surtout les mères, du coup) pour calmer leur bébé inconsolable et doivent abandonner toutes leurs activités annexes : ludiques (ces dernières semaines, impossible d'écrire sur ce blog ou de regarder une série sans être interrompue), professionnelles (vous me voyez confier mon bébé hyperdépendant qui hurle à la mort quand je le quitte un quart d'heure ?) ou ménagères (la maison se maintient dans un état acceptable avec difficulté, j'use de toutes les ruses de sioux possibles et imaginables pour faire la vaisselle, étendre le linge ou passer un coup de balai).

Vient l'examen des 4 mois. Un miracle se produit : pour la première fois, Choupie-chat ne crie pas quand le docteur l'examine. Elle en est remerciée par deux diagnostics sévères : asymétrie des lueurs pupillaires à surveiller (donc) et souffle au cœur. Une fois encore, on nous dit que ça arrive souvent, que ce n'est probablement pas grave, que ça va probablement disparaître mais qu'il vaut mieux faire une échographie cardiaque. J'aime bien, moi, quand on associe "souffle probablement pas grave" avec "cœur", ça me fait le même effet que quand on associe "kyste probablement sans conséquence" avec "cerveau". Souffle, Chat-mille, souffle. Le petit chien, tu te souviens ? (en fait, je ne sais pas si ça se fait encore, le petit chien au moment d'accoucher : moi on m'a juste dit "pensez à un gâteau que vous démoulez" et "poussez comme si vous alliez à la selle" -glam)

En fait, je crois que c'est la malédiction des 10%. Quand j'étais enceinte, on m'a dit que mes nausées pathologiques n'étaient pas rares, qu'elles survenaient dans 10% des cas. Puis on m'a dit que ma dépression pré-natale n'était pas rare, qu'elle survenait dans 10% des cas. Je ne sais pas quelle est la proportion de torticolis congénitaux, d'asymétries pupillaires, de souffles au cœur, de BABI, mais ça ne m'étonnerait pas qu'on approche des 10%. Par contre, combien on avait de chance de tout cumuler, hein ?

Alors merci bien, Mère Nature espèce de connasse, mais si tu pouvais nous oublier, maintenant, hein ?