Je le disais sur facebook, pardon pour ceux qui le liraient deux fois de suite, je suis une hippie. Je ne porte pas (plus, pour être exacte) de longues jupes et de hauts psychédéliques, je ne fume pas du cannabis en réinventant le monde avec mes amis mais... J'en ai quand même pas mal d'attributs.

J'ai des cheveux longs qui poussent à l'abri du coiffeur par cycle de deux ans (avant la fameuse "crise des deux ans" où je vais réclamer au coiffeur de faire n'importe quoi de court car je ne peux plus les voir, ni sur ma tête, ni sur le sol) et je mets toujours les mêmes vêtements, jusqu'à ce qu'ils deviennent proprement immettables. J'aime le grand air, je mets des fleurs dans mes cheveux... A 8 ans, je déclarais sur mon cahier de catéchisme : "Dieu a créé la Nature, puis il a créé l'homme, mais je préfère la Nature". Je suis moi-même naturelle, je ne porte presque jamais de maquillage et je me balade volontiers toute nue dans ma maison, au grand dam de mon époux qui s'inquiète toujours que je sois vue des voisins. Je ne mange pas les animaux, je leur parle et leur fais des poutous (enfin, clairement, ça dépend desquels et de leur humeur).

Je suis aussi hippie de caractère. Je suis pacifiste, mais vraiment, rien ne me semble justifier qu'on envoie des jeunes gens se faire laminer la tronche selon le bon plaisir des dirigeants. Je suis non-violente, je pense que la violence engendre la violence, même la plus petite, même la plus innocente (et je sais de quoi je parle, j'ai moi-même été très violente dans mon enfance et mon adolescence). Et je suis farouchement libertaire, je pense que chacun devrait être libre de vivre comme bon lui semble tant que cela ne nuit pas à autrui.

Et j'élève ma fille dans cet esprit. En essayant de ne pas me prendre la tête avec des "il faut", et en essayant de ne pas lui prendre la tête non plus. J'aurai mille fois le temps de lui imposer des règles qui ne lui plairont pas quand elle sera en âge de les comprendre sans devoir commencer dès maintenant à la faire pleurer pour satisfaire mes lubies éducationnelles. C'est pour ça que son sommeil, jusque là, ça a été du grand n'importe quoi (oui, j'en viens au fait !).

Mais depuis quelques semaines, Choupie ne fait plus ses nuits. Du tout. Plus jamais. Et si ça n'impactait que moi, ce ne serait pas si grave, mais une nuit sur deux, parce que je suis trop fatiguée pour l'allaiter pour la troisième fois en deux heures, c'est Papa-Chat qui hérite du bébé et va la bercer pendant trois heures dans le transat, dans le salon, en somnolant sur un tapis de sol. Du grand n'importe quoi, je vous dis. C'est ce qui m'a décidée à acheter le livre Un sommeil paisible et sans pleurs d'Elizabeth Pantley.

dodo

Autant le dire tout de suite, ce guide du sommeil pour bébé fêtard a des défauts, du moins à mon goût. Je n'aime pas tellement le côté "mère de famille modèle" de l'auteur (il faut les voir poser tous les six, les deux parents et les quatre enfants, en pyjamas assortis... ok c'est pour la blague, mais les sourires ultra-brite sont réels !). Elle est d'ailleurs "coach parental", de profession, et j'ai du mal à ne pas entendre "profiteuse de parents désespérés". Le ton du livre est très américain, sur le ton de la confidence, "de vous à moi", ponctué d'anecdotes personnelles. En fait, ça fait penser aux livre de John Gray, ce conférencier qui nous explique comment régler nos problèmes de couple. Je n'aime pas tellement ce ton de "je sais, je vous connais, et je vais tout résoudre grâce à mon remède miracle". Je lui reproche aussi de parler essentiellement aux mères (et si mon mari se préoccupe aussi des problèmes de sommeil de notre enfant ?), de faire la promotion à fond les ballons de l'allaitement au point d'oublier souvent les femmes qui n'allaitent pas, et de parler beaucoup également de cododo (alors que je pense que la plupart des lecteurs cherchent précisément à faire dormir bébé dans son propre lit). Ah, et puis la traduction est mauvaise et vieillotte (ça craint pour un livre écrit en 2002).

MAIS je pense tout de même que c'est une lecture intéressante, qui informe, déculpabilise, rassure et apporte des solutions. Penchons-nous sur ces points :

- Qui informe : j'ai appris comment fonctionnait le sommeil d'un bébé et compris certaines choses. Par exemple, j'ai appris que les bébés (et les adultes) avaient durant leur sommeil une multitude de micro-réveils. Quand on se réveille dans un endroit qu'on juge accueillant et sécuritaire, on se rendort de suite, sans même se souvenir qu'on s'est réveillé. Quand les bébés se réveillent dans leur lit alors qu'ils se sont endormis contre leurs parents, forcément ils ont un moment de panique qui peut se traduire par des pleurs, ce qui les empêchent de poursuivre leur sieste ou leur nuit tranquillement. J'ai aussi appris de combien d'heures de sommeil mon bébé avait besoin par jour. Mais ça, ça m'a effrayée, car je pense qu'on est loin des quinze (dix la nuit, cinq de sieste, arg, si seulement !).

- Qui déculpabilise et rassure (quand même) : Elizabeth Pantley, c'est une maman comme vous et moi, le brushing en plus. Enfin, comme vous je ne sais pas, mais comme moi en tout cas. Au début du livre, avant d'expérimenter sa méthode miracle, son bébé a 1 an et elle l'allaite toujours pour l'endormir, vers 21h30, après avoir couché les grands. Evidemment, ça me rassure, moi qui ne voyais dans mon entourage que des mamans qui couchaient leur bébé à 19h30 dans leur lit après un bain et une histoire (tout le contraire de ma méthode, dite méthode nawak : soirée allaitement devant la télé et bébé au lit quand il est endormi, au mieux vers 22h). Et puis Elizabeth, elle ne dit pas "il faut", elle propose des trucs, elle dit de prendre ce qui nous semble utile et que de toute façon, tôt ou tard, tout le monde finira par dormir. C'est une amie de bon conseil qui ne juge pas.

- Qui apporte des solutions : je ne vais pas vous mentir, la hippie que je suis n'est pas tout à fait prête à appliquer la méthode Pantley à la lettre. Faire des fiches de sommeil avec méthode d'endormissement, heure et durée sur toute une journée tous les dix jours, ça me paraît compliqué. Par contre, je peux piocher des bonnes idées ci et là. En gros, la méthode Pantley, c'est trois grands principes :

  • Instaurer un rituel sécurisant immuable : collation, bain, musique, histoire, bercement, allaitement, mots-clés ("Chuuut, dodo bébé...") etc.
  • Dissocier la succion de l'endormissement : le fameux "sevrage Pantley", qui consiste à retirer le mamelon quand le bébé commence à s'endormir et le laisser s'endormir sans rien dans la bouche afin que peu à peu l'allaitement ne soit plus une étape obligatoire de l'endormissement et que bébé puisse dormir ailleurs que le nez dans la poitrine de sa mère.
  • Réduire peu à peu ses interventions en cas de réveil nocturne : passer de recommencer tout le rituel à chaque fois (allaitement, bercement, musique, mots-clés) à rendormir le bébé de l'extérieur juste avec une musique ou un mot-clé, en passant par des étapes intermédiaires comme des câlins sans sortir bébé de son lit, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus besoin d'intervenir.

Nous, concrètement, qu'est-ce qu'on fait et où on en est ?

On a instauré un rituel du soir. Je suis enfin comme mes copines : je donne un bain à mon bébé, je lui lis une histoire avec une petite musique, on fait une dernière tétée-câlin et je couche mon bébé dans son lit. La différence d'avec mes copines, c'est que ça ne marche pas ! Pour Choupie-Chat, c'est une petite sieste sympa mais absolument pas le début de sa nuit ! Du coup elle re-pleure 20 minutes plus tard, une ou deux heures plus tard si on a de la chance. Et après, je ne vous cache pas qu'on est assez démunis, car elle n'est absolument pas disposée à se rendormir tout de suite. Et on en revient à l'ancienne méthode, jeux et tétée devant télé, pour un coucher définitif vers 22/23h. Echec donc. A revoir. Peut-être essayer de la coucher plus tôt. Ou renoncer définitivement à nos soirées pour faire des soirées-rendormissement intensif.

Je suis plus satisfaite des siestes. Elle en fait de plus longues ! On arrive à 2/3h de sieste par jour, en deux fois, généralement... c'est déjà pas mal ! Je crois que je me suis surtout rendue compte moi que c'était important, les siestes, et important qu'elle soit dans les meilleures conditions pour qu'elles soient le plus longues possibles.

Pour le sevrage, j'avoue que j'ai du mal, parce qu'elle ne coopère pas, bien sûr, et que ça augmente considérablement sa durée d'endormissement, de se battre pour qu'elle lâche le sein. Pour le moment, j'ai laissé tomber, je me dis que tant qu'elle dort, c'est déjà pas mal, qu'on essaiera d'autres méthodes d'endormissement quand les horaires et les durées de dodo seront calées. Pour les réveils nocturnes, même chose, pour le moment, je privéligie l'efficacité, donc tétée et recouchée. Et puis même si la méthode Pantley est une des (trop) rares méthodes douces pour coucher son enfant, je trouve que le processus qui consiste à retirer le mamelon de la bouche de l'enfant est un brin violent (oui, quand je dis que je suis "non-violente", c'est non-violente extrémiste !).

A part ce point qui me gêne, donc, j'ai aimé le message du livre : vous avez raison de ne pas laisser pleurer votre enfant, et j'ai aimé qu'il aille à contre-courant de ce qu'on entend partout, à savoir qu'il faut couper le cordon au plus vite. Pourquoi ? Les bébés ne sont pas indépendants, ils ont besoin de quelqu'un qui s'occupe d'eux toute la journée, et si je conçois évidemment qu'on puisse laisser son enfant à une nourrice ou une crèche, les parents ne me semblent pas plus mal placés que d'autres pour le faire. Est-ce que c'est crevant, exigeant ? Oui, mais c'est ce pourquoi on a signé. Si notre conception de la parentalité, c'est juste gagner de l'argent pour permettre à un enfant d'avoir de la nourriture et des jouets en oubliant complètement la partie affective, on ferait mieux d'envoyer cet argent à un enfant en Afrique plutôt que se casser les pieds à porter, mettre au monde et élever notre propre descendance.

En bref, la méthode Pantley, je l'ai lue, je l'ai approuvée (dans ses grandes lignes) mais je ne l'ai pas vraiment testée et je ne suis pas sûre de le faire un jour. J'avoue avoir déjà meilleure conscience en couchant ma fille plus tôt sans zapper les rituels. C'était peut-être ça, le principal problème, ma mauvaise conscience, plus encore que le manque de sommeil. Vous l'aurez remarqué, la question "suis-je une bonne mère ?" est une obsession chez moi et la culpabilité est une amie fidèle. Mais je me soigne.