S'il y a un passage obligé sur les blogs de parents, c'est la liste des conseils foireux qu'on ne cesse de nous donner et qui nous insupportent au plus haut point. A vrai dire, je suis plutôt indulgente sur le sujet, parce que (souvent) c'est donné gentiment et que (parfois) c'est plutôt sensé. Mais quand on entend toujours les mêmes choses des mêmes personnes, au bout d'un moment, ça énerve.

Les mêmes choses : non, si elle avait sa chambre, on ne la laisserait pas hurler pour autant (en mode : "Wouhou, depuis qu'on a coupé le babyphone, on dort trop bien"... sérieux ?) ; non, je n'ai pas envie de lui donner de biberon, et tant pis si le papa ne peut pas participer (il avait qu'à naître avec une paire de seins comme tout le monde). Des mêmes personnes : généralement, des personnes qui n'ont pas d'enfants ou qui n'ont pas vu de bébé depuis vingt ans. Bizarrement, les autres parents de jeunes enfants sont généralement, au contraire, plutôt avares de conseils. Peut-être parce que je n'en connais pas assez, peut-être parce que ceux que je connais en ont également ras-le-bol des conseils, peut-être parce qu'ils savent. Ils savent qu'il y a des centaines de façons d'élever ses enfants, et que de toute façon, dans la vie on fait ce qu'on peut, pas ce qu'on veut.

lit-choupieAlors oui, reconnaissons-le, nous parents, nous nous plaignons souvent. Nous avons l'air de les réclamer, ces conseils. Cependant, quand une personne lambda nous en donne, elle nous expose son point de vue, sa vague intuition ou une idée toute-faite facile à ressortir dans une situation donnée. Elle n'a pas l'air de réaliser que les problèmes dont nous lui faisons part ont tourné dans notre tête pendant des semaines, des mois (voire des années) et que les solutions qu'elle nous apporte bien bénévolement ont, la plupart du temps, déjà été envisagées et rejetées.

Que faire dans ce cas ? Devez-vous faire un petit paquet avec vos opinions et vous asseoir bien sagement dessus ? Il me semble que c'est le partage qui est intéressant dans les relations humaines et qu'il est dommage, quand on pense avoir quelque chose d'intéressant à dire, de se taire pour ménager les susceptibilités.

D'autant plus que les jeunes parents sont en réalité avides de bons conseils. Je ne sais pas pour les autres, mais moi j'aimerais parfois vivre avec un coach qui me dise que faire dans telle situation, pour être absolument sûre de ne pas me planter, parce que 90% du temps, j'avance à l'aveugle. Pas une Super Nanny (dont je désapprouve les méthodes), mais quelqu'un qui serait globalement dans le même état d'esprit que moi, qui aurait à peu près les mêmes idées en terme d'éducation et qui saurait juste me guider pour les mettre en oeuvre au mieux.

Voici donc mes conseils pour donner des conseils. Je pense que le plus important, c'est d'y mettre beaucoup de modestie et un minimum de formes :

- Bannissez de votre discours les "il faut" ou "tu devrais" qui laissent entendre que vous savez et que nous non (alors que zut, enfin, ce sont tout de même de nos enfants dont on parle).

- Gardez à l'esprit que nous avons peut-être déjà reçu mille fois ce conseil et que si nous ne l'avons pas suivi, c'était peut-être pour une bonne raison (du moins une bonne raison pour nous).

- Parlez de votre expérience (vous n'avez pas d'expérience ? mauvais point...), de vos lectures (ça peut à la rigueur remplacer l'expérience), en précisant d'où vous nous sortez ça (pas de vos fesses, donc) et n'hésitez pas à ajouter que ce ne sont que des idées, que ça ne s'applique pas forcément à notre cas (car effectivement, ça ne s'applique pas forcément à notre cas).

- Ouvrez la discussion sans avoir l'air de juger : "C'est vrai que moi, spontanément, je ferais comme ça. Qu'est-ce qui t'a poussé, toi, à faire autrement ?"

- Si vraiment vous ne savez pas comment amener la chose, mettez carrément les pieds dans le plat : "Je sais bien que les parents n'aiment pas recevoir de conseils, mais tu as déjà pensé à... ?" (la réponse est sûrement oui mais vous aurez dit ce que vous vouliez dire)

- Vous aussi, posez-vous des questions. Ce n'est pas parce que c'est évident que c'est vrai. Un bébé qui marche et qui tète encore, ça vous choque ? En quoi est-ce plus choquant que ce même bébé avec un biberon, dont la tétine est conçue pour imiter le mamelon ? Un bébé de 9 mois qui empêche ses parents de faire une nuit complète, ça vous paraît de l'abus ? Pourquoi votre rythme biologique serait-il plus légitime que le sien ?

- Acceptez de ne pas avoir la science infuse. Quand on devient parent, on change d'avis sur beaucoup de sujets (le fameux : "Avant j'avais des principes, maintenant j'ai des enfants", et le moins connu mais tout aussi important : "Avant j'avais des principes à la con, maintenant je réfléchis concrètement à mon éducation"). La preuve, avant d'avoir Choupie-chat, Super Nanny (revenons-y), ça ne me choquait pas. Maintenant je vois bien qu'elle prône une éducation tyrannique, archaïque, et jamais elle touche à ma fille, cette peau de vache.

- Enfin, soyez tolérants envers les parents fatigués (surtout si votre solution miracle concerne les problèmes de sommeil du petit dernier) et pardonnez-nous si parfois, au lieu d'argumenter, on vous répond juste "Merde". Ce n'est pas grave, vous aurez essayé de vous faire entendre, mais personne ne va mourir que ça ait capoté.

Pour conclure, parents ou non, je vous souhaite une bonne année ! J'étais tout de même obligée de le faire. Mais cette fois-ci, vous avez vu, je ne vous ai pas arnaqués, je vous ai fait un vrai article... qui peut même venir étoffer votre liste des bonnes résolutions : en 2015, j'arrête de remettre en cause mes amis parents même s'ils ont l'air d'avoir fumé de l'herbe au moment de définir leur ligne de conduite éducative. Allez, moi, en 2015, j'écris des articles toutes les semaines... à très vite, donc !