En société, il est indétectable. Souriant, joyeux, intelligent, démonstratif, volubile, c'est le membre de la famille que tout le monde aime.

Au quotidien, tout se complique. Tyrannique, il vous veut pour lui seul et ne comprend pas que vous ayez une vie en dehors de lui. Vos obligations sociales et domestiques le dépassent. A longueur de journée, il est sur votre dos, ses cris transpercent vos oreilles et ses reproches, même implicites, vous font sentir, jour après jour, de plus en plus minable et incompétente.

Non, je ne vous brosse pas ici le portrait d'un pervers narcissique. Papa-chat a bien quelques menus (?) défauts, mais il n'a pas une once de narcissisme. Ce portrait, c'est celui d'un BABI. Ce portrait, c'est celui de ma fille.

babi(non, je n'ai pas eu le coeur de mettre une photo de Choupie qui faisait du boudin)

Elle a 9 mois 1/2 aujourd'hui et est peut-être un peu grande pour cette appellation qui désigne les nourrissons hyperdépendants, collés 24h/24 à leur mère. J'en avais parlé il y a déjà plusieurs mois (souvenez-vous) et peut-être pensiez-vous qu'avec le temps ça s'était tassé. En réalité, c'est fluctuant. L'hyperdépendance a changé de forme : ce ne sont plus les hurlements désespérés du bébé laissé pour compte mais, à présent qu'elle se déplace de façon quasi autonome, une sorte de harcèlement constant, une jambe agrippée comme un mat dans la tempête, des chougnements sans fin pour avoir toujours plus, plus que des caresses, des bras, des seins... comme une volonté de fusionner complètement, ce qui est évidemment impossible.

J'ai vécu une grossesse compliquée. Ca aussi, j'en ai déjà parlé. Ce qui m'a permis à ce moment-là de ne pas sombrer, dans l'anorexie ou la dépression notamment (wouhou, ambiance !), ça a été mon bébé. Je devais tenir pour elle, je n'avais pas le droit de l'entraîner avec moi. Mais c'est aujourd'hui le foetus d'hier qui paie le prix de mes angoisses et de mon mal-être. C'est la petite bouée de sauvetage qui craint plus que tout de se retrouver seule et abandonnée dans la grand-mare des canards.

C'est de ma faute. Je l'ai faite ainsi. De façon passive quand je subissais moi-même mes doutes et mes peurs, et de façon active, après sa naissance, en la couvant tant et plus comme si elle n'allait jamais quitter mon giron. Je l'ai maternée pour la consoler de ce que je lui avais fait subir et parce que c'était mon idéal éducationnel. J'avoue regretter aujourd'hui de n'avoir pas plus pris en compte le contexte dans lequel nous étions, contexte où j'allais de toute façon devoir reprendre le travail, et de n'avoir pas forcé l'indépendance de ma fille.

Je crois qu'il est difficile pour les gens de concevoir pourquoi j'ai tellement de mal à envisager de la faire garder. Eux, ce qu'ils voient d'elle, c'est un bébé débrouillard et rieur, qui va sans crainte vers les autres et qui s'amuse d'un rien. Ce que nous, ses parents, nous voyons d'elle, c'est un bébé souvent grognon qui ne sait pas rester seul et qui ne veut jamais et toujours que sa mère, sans quoi on a droit aux larmes, hoquets, cris et même parfois à ce qu'il n'est sans doute pas abusif de nommer des crises d'angoisse. Je vois également un bébé qui ne s'endort jamais seul, qui se réveille très souvent, et je me demande comment ma Choupie-chat va pouvoir faire la sieste si personne ne prend le temps de la bercer durant de longues minutes pour l'accompagner dans le sommeil.

Je reste persuadée qu'entourer un bébé de l'amour de ses parents (sans tenir compte des "tu devrais sortir, le faire garder, prendre du temps pour toi" qui renvoient à une vision occidentale moderne et obtuse de l'épanouissement personnel) est la meilleure façon de l'élever. Ce n'est cependant pas l'unique façon de l'élever, l'unique façon d'en faire un adulte heureux et j'aurais dû faire des efforts pour adapter mes idéaux à la vie que je mène, qui est une vie d'occidentale moderne et obtuse. Je ferai différemment pour le prochain (j'espère déjà que je vivrai une grossesse plus sereine !), et on verra comment il évoluera.

En attendant, j'essaie de faire ce que je peux avec celle-ci. Et ce n'est pas évident. (Mais on l'aime plus que tout, son papa et moi, et croyez-moi, ça aide.)