Je ne vous le cache pas, et vous vous en doutez, j'appréhendais beaucoup ma reprise du travail. Je n'ai pas pu vous livrer mes impressions à chaud, ayant été prise par le temps, mais je vous propose ce week-end de revenir sur mes principales peurs du départ et de vous dire, a posteriori, si elles étaient fondées.

Préoccupation 1 : Choupie

La phrase que j'ai le plus entendue quand j'ai annoncé que je reprenais le travail ? "Tu verras, ce sera plus dur pour toi que pour elle !" Eh bien j'ai le plaisir de vous annoncer que c'est faux. La séparation a été plus dure pour elle que pour moi.

Moi je sais pourquoi je dois travailler : pour ne pas être obligée de vivre en HLM et de m'alimenter aux Restos du Coeur (je n'ai rien contre les HLM et les Restos du Coeur, mais je pense que ça doit rester réservé à ceux qui n'arrivent pas à s'en sortir, non à ceux qui pourraient s'en sortir mais ne veulent pas). Dans ma voiture, je me concentre sur la route et je me vide la tête sur du bon son (Chérie FM). Au travail, j'ai du boulot par dessus les cheveux (je vous en reparle dans quelques paragraphes), je n'ai pas le temps de me lamenter. J'ai bien le coeur qui se serre quand je vois un bébé, je me dis que la mienne me manque, mais j'hyperventile un coup en voyant la pile de caisses qu'il me reste à ranger, et mon coeur se desserre immédiatement (suis-je un monstre ?).

Choupie, elle, n'a aucune idée de pourquoi je la laisse tous les matins à une étrangère. Et tous les matins, elle hurle quand je pars. Les deux premières fois, elle a hurlé pendant une grande partie de la matinée. Maintenant, seul le moment de la séparation est difficile, après ça va (encore heureux !). Elle joue, elle dort (un peu), elle mange pas trop mal. C'est du moins la teneur du rapport de seconde main qu'on me fait dans la soirée. En effet, Papa-chat n'ayant fait que des matinées cette semaine, c'est lui qui est allé la chercher à chaque fois.

Avec lui, visiblement, ça se passe bien. Ce qui tendrait à prouver que ce n'est donc pas tant mon absence qui pèse à Choupie que le fait de devoir rester chez sa nounou. Chose très rassurante : elle s'est progressivement habituée à boire du lait (de croissance) au biberon. Je sais bien qu'elle pourrait boire au sein le matin et le soir et manger des yaourts entre-temps (c'était d'ailleurs le plan de bataille en cas de refus), mais je suis quand même plus à l'aise avec l'idée qu'elle boive aussi un peu en journée.

grimace(photo datant de la semaine dernière, les stigmates de la varicelle ont quasi disparu depuis)

Préoccupation 2 : mes seins

Eh oui, tout de suite après Choupie, ma poitrine !

J'ai fait le choix de ne pas tirer mon lait car c'est, à mon sens, une abominable prise de tête. Et puis pour que ça ait un sens, il faudrait que je le fasse au travail et je n'oserais jamais demander à mon (tout nouvel) employeur la pause traite à laquelle j'ai droit. Sans compter que je fais ça où, quand ? Vive la discrétion avec le tire-lait électrique ! C'est sûrement envisageable dans d'autres entreprises, mais dans un grand magasin comme celui dans lequel je travaille, je vois mal comment ça pourrait s'organiser.

Question cruciale : mes seins pourraient-ils supporter ce repos forcé de plus de neuf heures par jour ? Cela faisait presque un an qu'ils tournaient à plein régime, habitués au rythme soutenu d'une tétée toutes les trois heures (à une vache -laitière- près). Ma principale crainte étaient qu'ils gonflent plus que de raison, me fassent souffrir le martyr et finissent par exploser en répandant des litres de lait sur toute la surface de la librairie.

Eh bien, longues-allaitantes sur le point de reprendre le travail, soyez rassurées : il ne s'est rien passé de tel. Bien sûr, à la fin de la journée ma poitrine est tendue et, évidemment, je ne me risque pas à faire l'impasse sur les coussinets (une fuite devant Beau-Papa m'ayant définitivement vaccinée du free-nichon). Mais je n'ai pas de douleurs, ni même de sensation désagréable.

Et pour l'instant, je n'ai pas non plus l'impression que la source se tarit. Je touche du bois (ben oui, j'avais dit que j'arrêterais l'allaitement après 1 an maxi, mais bon, j'y tiens quand même un peu, en fait, alors je doute que le sevrage complet soit pour tout de suite). C'est peut-être grâce aux tétées de nuit. Oui, on se réveille toujours la nuit, mais ça va, ça aussi.

Préoccupation 3 : moi-même

Je vous avais écrit un article, que je n'ai finalement pas publié (mon silence ne s'explique donc pas tant par la flemme d'écrire que par l'hésitation à publier), sur les montagnes russes de ma confiance en moi depuis l'époque de ma grossesse.

A vrai dire, au moment où j'ai signé mon contrat, je n'étais pas vraiment sûre d'être capable de travailler trente-cinq heures par semaine et de gérer ma vie de famille à côté. La semaine se termine et même si je suis sur les rotules, un constat s'impose : je l'ai fait ! Bon, s'il faut être honnête, je dois reconnaître que Papa-chat a beaucoup joué les pères au foyer cette semaine et que du coup, je n'ai eu que peu de corvées domestiques à gérer (pas dû faire une seule vaisselle !).

Par contre, le travail en lui-même est épuisant, moralement et physiquement. Un jour sur deux, je sors du magasin en me disant qu'après ce mois-ci, laisse tomber, je ne travaillerai plus jamais pour eux ! 

Ce ne sont pas les débuts qui sont durs. Non, j'ai été très surprise de voir qu'en l'espace de quelques heures, je maîtrisais le logiciel, le classement et le renseignement client. Honnêtement, jamais commencer un nouveau boulot n'a été aussi facile pour moi. Je me sentais à ma place, à l'aise, je me sentais bien. Il faut croire qu'enfin j'ai un vrai métier, une vraie expertise en quelque chose ! Dans une petite librairie, ç'aurait été du gâteau tout du long !

Mais ici, ce qu'on me demande n'est pas difficile, non, ce qu'on me demande est tout simplement impossible. On me demande, à moi qui viens d'arriver, de gérer le deuxième plus gros rayon du magasin, anciennement géré par la "chef" libraire. Une libraire qui commandait beaucoup beaucoup pour être sûre d'avoir du choix et du stock. Et c'est dans mes petites mains tremblantes qu'attérissent ces montagnes de caisses de livres à ranger sur des tables déjà pleines ou dans des étagères déjà pleines. Pour m'épauler ? Personne. Tout le monde a bien compris que je connaissais le métier et me laisse donc me dépatouiller toute la journée dans "mon" rayon. Le magasin est très grand, il y a toujours quelque chose à faire, personne ne s'ennuie assez pour me proposer de l'aide (en vérité, on est carrément en sous-effectif alors personne ne s'ennuie tout court).

Résultat, je prends du retard dans la mise en rayon, et ça m'angoisse. Surtout que parallèlement, j'ai pour mission de préparer les opérations et de rendre le rayon plus clair, commercial et compréhensible. Alors oui, j'ai l'impression de me battre contre des moulins à vent. J'écoule une colonne, il y en a trois autres qui m'attendent en réserve ! Et mon travail est finalement plus une source de stress que de satisfaction. Moi qui aime ranger par ordre alphabétique (chacun ses passions), faire de jolies présentations et surtout communiquer avec les clients, j'ai du mal à y prendre du plaisir sachant que le seul vrai impératif, c'est que tout aille très vite, plus vite... trop vite pour moi.

Pour vous faire une idée, vous pouvez lire cette bonne BD, quoique un peu effrayante, de Leslie Plée, qui a travaillé dans la même enseigne que moi et raconte son expérience. Z'avez vu que je suis une bonne libraire, je conseille des livres !

La perle de la semaine ? "La bonne peinture de Michel Aîné". J'ai commencé à suspecter la blague quand le collégien m'a dit : "Aîné avec un y". Mais bon, stoïque comme la professionnelle que je suis, j'ai corrigé discrètement : "C'est Marcel Aymé, en fait". La maman s'est chargée de pouffer pour moi.