Cela fait un petit bout de temps que ce message attend parmi mes brouillons. Comme en ce moment je cours après le temps et que j'ai du mal à écrire des articles (oui oui, quand bien même j'aie cessé de travailler) (je vous ai dit que j'avais cessé de travailler ?), c'est sans doute le bon moment pour le publier, avec quelques modifications, puisqu'on ne parle pas un 15 mai comme on parle un 4 avril.

Quoiqu'il en soit, ce ne sera pas gai-gai. Mais comme ces sentiments parleront peut-être à d'autres... eh bien lançons-nous.

campagne-chien(la photo date aussi d'il y a un mois, d'où l'habillement ambiance expédition au Pôle Nord !) (vous savez ce qu'on dit en avril)

Ma grossesse a été désastreuse. Je ne vous apprends rien (à part peut-être aux nouveaux, coucou les nouveaux !), j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Ma grossesse m'a détruite, on peut le dire. Ma grossesse a broyé jusqu'a plus petite particule de confiance en moi. Au pire moment, je n'avais même pas la force de me lever pour manger. J'étais malade, certes, extrêmement nauséeuse, mais c'était surtout la force mentale qui me manquait. J'étais une loque humaine et j'avais l'impression que j'allais rester comme ça pour toujours. Comme si la jeune femme dynamique, séduisante (ouais ouais, carrément) et pleine de projets que j'étais n'allait plus jamais refaire surface.

Et puis la vie a repris son court. Lentement, très lentement. Je me suis levée, je me suis préparé à manger. J'ai fait un peu de ménage. Je me suis coiffée et habillée sommairement. J'ai traversé la rue. J'ai pris le tram. J'ai pris le train. J'ai fait une crise de panique dans le train et nous avons fait demi-tour. Je me suis rasé les jambes. J'ai conduit. J'ai socialisé. J'ai pris des rendez-vous. Je suis sortie faire du shopping. Je me suis teint les cheveux. J'ai vu des amis. Petite victoire après petite victoire, les mois passaient, je disais que j'allais mieux. Et c'était vrai. Mais ma confiance en moi était toujours brisée.

J'ai accouché. Et j'ai profité de la confusion de l'accouchement pour me reposer de tous mes efforts. A nouveau, j'ai cessé de sortir, de m'habiller correctement, de prendre soin de moi. Ce n'était pas l'apathie crasseuse de ma grossesse puisque je faisais quelque chose, quelque chose de très exigeant : je m'occupais de Choupie. Mais je ne faisais que ça. Pendant très longtemps je n'ai fait que ça, car je me sentais capable de ne faire que ça. 

Et progressivement, une nouvelle fois, celle que j'étais est revenue. Celle qui veut être passablement habillée, même quand elle va au supermarché. Celle qui essaie de se faire de jolies coiffures. Celle qui n'arbore pas -constamment tout du moins- une fourrure de yéti sous ses pantalons. Celle qui préfère mettre des lentilles à l'extérieur, trop coquette pour les lunettes. Celle qui est superficielle, oui, mais pas que. Celle qui garde sa maison propre et a des yeux partout. Celle qui ne laisse pas les corvées ou les papiers traîner et veut s'occuper de tout tout de suite. Celle qui fait des plans sur la comète. Celle qui se démène pour atteindre ses objectifs. Celle qui porte son foyer sur ses frêles épaules. Celle qui peut se débrouiller pour tout.

Pendant un an et demi, j'ai cru que je ne pourrais plus vivre seule. C'est peut-être difficile à comprendre pour qui n'est pas passé par là. Quand j'étais enceinte et que je répétais sans cesse que je n'y arriverais pas avec le bébé (dépression, angoisses, toussa toussa, remettez-vous dans le contexte), Papa-chat ne me disait pas : "Bien sûr que si, tu vas y arriver.", il me disait : "Je serai là, moi, je m'en occuperai." Alors oui, j'ai compté sur lui plus que de raison. Je sais aujourd'hui que c'était une erreur, qu'il n'est pas infaillible et qu'il vaut toujours mieux pouvoir compter sur soi-même (je ne dis pas qu'il ne faut compter que sur soi-même -ça c'est une bonne maxime de personne aigrie-, je dis juste qu'il vaut mieux avoir sa propre bouée de sauvetage au cas où) (demandez donc aux rescapés du Titanic).

A vrai dire, je le savais dès le départ et c'était bien pour ça que j'allais aussi mal.

Je ne suis pas complètement guérie. Je suis toujours terrifiée à l'idée de tout mener de front : le travail, Choupie, la maison (et le blog !). Je l'ai fait, pourtant, durant un mois complet (même si ma gestion du ménage et celle du blog en ont pris un sérieux coup !). Ma confiance en moi s'est reconstruite au fil du temps, mais elle n'est pas intacte. Je n'ai plus la vantardise de l'adolescente qui chantait à tue-tête "Elle a fait un bébé toute seule" (chanson ultime de mes 15 ans). Je compte toujours beaucoup sur mon mari et il en fait toujours beaucoup. Mais j'ai du courage, je crois.

C'est finalement tout ce dont il y a besoin pour reprendre complètement sa vie en main.