Je ne sais pas vous, mais j'ai beaucoup de mal à me souvenir de ce qu'était ma vie sans enfant. Sérieusement, qu'est-ce que je faisais, toute la journée ? J'étudiais, je travaillais, oui mais après ? Est-ce que je me rendais compte de tout ce précieux temps passé à ne rien faire ? Ou plus précisément, à faire ce que je voulais, sans avoir toujours un petit pot, une sieste ou une couche de retard ?

Me doucher sans enfant qui patauge dans la salle de bain mouillée, sans me préoccuper des chaussettes qu'il faudra changer et des petits pieds froids ? Regarder un programme sans bébé qui actionne un jouet musical extrêmement bruyant pour danser en faisant de grands sourires de victoire (dieu bénisse la VOST) ? Ecrire un article de blog sans petite créature qui tire la jambe de mon pantalon pour pouvoir grimper sur mes genoux, appuyer sur toutes les touches du clavier puis se hisser sur le bureau en bordel ? 

C'est à nouveau ma vie pour quelques heures par jour (quatre heures trente par jour pendant quatre jours, très exactement) et je peux vous dire que, cette fois-ci, je savoure. En effet, nous avons décidé de garder notre nounou, qui est donc passée d'un contrat occasionnel d'un mois à un CDI en bonne et due forme. En dépit du fait que mon prochain job, dans une dizaine de jours, sera du télétravail.

Alors je sais, c'est un peu contradictoire. Moi qui revendiquais mon statut de mère au foyer et qui n'avais pas du tout envie que mes enfants soient gardés par d'autres personnes, me voilà à mettre mon bébé en nourrice alors même que je n'en ai pas techniquement besoin ! Cependant plusieurs réflexions nous ont conduits à cette décision :

1) Mon travail sera à mi-temps, il se peut que je veuille faire quelques heures à côté ailleurs pour mettre du beurre dans les épinards. C'est une idée comme ça, je ne sais pas si ce sera possible (surtout que la nounou prend ses cinq semaines de vacances annuelles à cheval sur juillet et août, ce qui n'est clairement pas pratique pour obtenir un travail saisonnier). Si je travaille à nouveau à l'extérieur cet été, même pour une dizaine d'heures, j'aurai besoin d'un mode de garde pour ma fille. Ca tombe bien, un mode de garde, j'en ai déjà un !

2) Mon travail sera un remplacement de quatre mois. Et si ma vie professionnelle tumultueuse m'a appris quelque chose, c'est qu'il faut prendre les remplacements pour ce qu'ils sont : des remplacements. Bien sûr que ce sont aussi de magnifiques tremplins pour autre chose. Bien sûr que si le CDD s'est bien passé, ton numéro de téléphone sera number 1 de la pile des personnes à appeler en cas de besoin. Mais ces fruits ne seront pas à récolter immédiatement. A moins que la personne remplacée ne se découvre une maladie incurable et létale à court terme durant son arrêt (et je ne le souhaite pas à la personne que je vais remplacer), elle va bien finir par revenir. Surtout si le poste que tu occupes est super cool. Il est également illusoire de penser que dans la foulée, une autre personne va partir pour te faire de la place. Et encore plus utopique d'imaginer que tes supérieurs seront tellement contents de toi qu'ils crééront un nouveau poste rien que pour pouvoir t'y mettre. Donc voilà, pour moi c'est clair comme de l'eau de roche : remplacer, c'est se préparer à partir. Et éventuellement à revenir, mais plusieurs mois plus tard. En attendant, quand le remplacement se termine, il faut bien trouver autre chose pour pourvoir aux besoins du foyer. Un travail qui sera, à 99% de certitude, à l'extérieur. Un travail à mode de garde obligatoire. Ca tombe bien, un mode de garde, j'en ai déjà un (bis repetita) !

3) Ma fille est bien avec sa nounou. Quand son père l'y amène, elle ne dit rien du tout et la transmission se fait en douceur. Quand moi je l'y dépose, il est vrai que c'est une autre paire de manches. Oui, elle crie, elle pleure, elle se débat et moi il faut que je la quitte comme ça. Mais je sais que ça ne dure pas. Là-bas, Choupie joue, parle, gambade partout. La nounou a un jardin avec des balançoires (le retour de material girl), elle emmène les enfants régulièrement au relais pour faire des activités et garde plusieurs autres enfants assez proches en âge de Choupie (10 mois, 20 mois et 4 ans si je ne m'abuse), ce qui lui fait plein de copains. Je n'avais pas très envie qu'elle perde tout ça (la gentille nounou, le jardin, le relais et les copains) et je n'étais pas très chaude pour l'obliger à s'acclimater dans quatre mois à une nouvelle maison et à une nouvelle nounou. 

4) Ma fille est un BABI (les étiquettes, c'est mal, mais les étiquettes, ça fait aussi du bien aux parents, ça sert de pansements sur les petites égratinures de confiance en soi : non, ce n'est pas de ma faute si ma fille est comme elle est, ce n'est de la faute de personne). Elle a donc beaucoup de difficulté à se séparer de moi et je n'ai pas envie de lui faire croire que ça y est, Maman passera désormais toute la journée avec elle, si ce n'est pas une situation durable (cf. point numéro 2). D'autre part, j'ai un peu de mal à imaginer que Choupie me laisse travailler dix-huit heures par semaine à mon ordinateur sans broncher. Je l'imagine plutôt me harceler constamment si je suis seule avec elle ou tambouriner à la porte en râlant si son père est là et que je me suis isolée. Ses dix-huit heures de nounou, ce seront donc dix-huit heures de travail pour moi, ni plus ni moins.

5) La CAF nous rembourse 85% du salaire de notre assistante maternelle, hors frais d'entretien. Il reste donc une partie pas si anecdotique à notre charge. Mais normalement assez minime pour ne pas grever complètement notre budget.

Je crois que j'avais beaucoup d'idées préconçues et de peurs infondées concernant la garde de mon enfant. Il y avait pour moi une sorte d'imposture parentale à confier ses enfants plusieurs heures dans la journée au lieu de les assumer à 100%. J'ai pourtant bien été obligée de faire garder mon bébé le mois dernier et je réalise à présent que je me trompais.

Choupie gagne réellement quelque chose à aller chez sa nounou une vingtaine d'heures par semaine (cf. point numéro 3). Je serais toujours réticente à la confier neuf heures par jour pendant cinq jours. Je sais que certains parents y sont contraints, mais je trouve franchement embêtant qu'un enfant voie plus sa nourrice que ses parents. Avec Papa-chat, nos boulots dans le commerce ont plein d'inconvénients (horaires décalés, emploi du temps changeant, travail le week-end...) mais ils ont l'avantage de ne pas nous obliger à travailler en même temps, ce qui fait que même en étant tous deux à plein temps, nous n'avons jamais eu besoin de plus de vingt-six heures de garde hebdomadaires. Pour Choupie, il me semble que c'est l'idéal.

De mon côté, même si j'ai toujours l'impression que c'est un peu de la triche, ce temps sans enfant est aussi bénéfique, que je le passe à travailler (donc à changer d'air, voir d'autres personnes) comme je l'ai fait pendant un mois, ou à faire le ménage, lire et écrire, comme je le fais en ce moment. Pour les gens qui ont un enfant très calme, un bébé qui dort tout le temps ou qui sait s'occuper seul, c'est peut-être différent, mais pour moi avec ma terreur (ou plutôt sans ma terreur), c'est une vraie bouffée d'oxygène.

Bien sûr qu'elle est ce que j'ai de plus important et de plus précieux dans ma vie, mais c'est aussi appréciable qu'elle ne soit pas là à chaque instant de cette vie.

ete

Sans rapport, une photo d'été. Il fait tellement beau que la photo est déjà saturée à mort, je n'ai même pas besoin de la retoucher !