Sur mon blog, je parle beaucoup de la Vie mais assez peu de notre vie. Une poignée de conseils, beaucoup de réflexions, quelques plaintes, voilà ce qui remplit principalement cet espace virtuel. A tel point que je n'ai créé que très récemment une catégorie pour parler du quotidien (Vie de famille).

Ainsi, je ne peux m'empêcher de penser que vous qui me lisez, vous vous faites une idée fausse de notre famille. J'ai parfois l'étrange impression, par exemple, que vous supposez que Choupie est bien élevée. Parce qu'il va sans dire qu'avant de parler éducation sur internet, on a déjà fait le ménage devant sa porte.

Pourtant, clairement, ce qui règne chez nous, c'est le n'importe nawak éducatif. Pas d'horaires fixes, peu de principes ayant survécu à l'arrivée du bébé et des règles pour Choupie qui se comptent sur les doigts d'une main (ne pas descendre les escaliers toute seule, ne pas ouvrir le placard où sont rangés les produits dangereux, ne pas se coiffer avec le balai chiottes... et c'est peut-être bien tout !).

Pour que vous vous rendiez compte, je vous invite à vivre une de nos journées. Et comme Ginie de Femme Sweet Femme dans son dernier article, je donne cette fois-ci la parole à Choupie-chat... car, après tout, c'est bien elle qui fait la pluie et le beau temps en ces lieux !

5h : Papa part travailler. Comme il claque un peu la porte de la chambre (qui coince) en partant, je me réveille. D'assez mauvaise humeur. C'est Maman qui en fait les frais. Pleine d'espoir, elle me tend son auriculaire (pratique, je suis déjà dans son lit) en espérant que je le confonde avec mon pouce et me rendorme dans la foulée. Doux rêve ! Le doigt ne suffit pas (on dirait le titre d'un James Bond) (ou d'un film X). A moitié dans les vappes, elle récupère sa vache d'allaitement, se la cale dans le dos, me prend toujours vagissante et me sort un sein afin que je me taise. Une technique éprouvée. Quelques minutes plus tard, je suis rendormie.

8h15 : Je recommence à grogner, Maman vérifie l'heure sur son téléphone. Pour elle, il est encore tôt : ça vaut le coup de tenter de me rendormir. Vache d'allaitement, sein sorti, Maman checke son Facebook pendant que je tète. Finalement je me dégage de ses bras et m'assois dans le lit. Maman voit sa vie défiler : v'là t'y pas qu'elle va devoir se lever avant 9h ! Mais finalement je m'écroule en vrac sur la couette. Maman songe un moment à me remettre bien, envisage la possibilité que je me réveille et renonce. Elle se recouche et se rendort elle aussi. 

9h30 : A nouveau je râle. Maman, résignée à se lever, change de stratégie et essaie de me rendre ma bonne humeur, perdue depuis la veille, en me parlant avec une petite voix aiguë et en me chatouillant. Succès mitigé. Mais je comprends qu'on va pouvoir se lever. Maman ouvre les volets, change ma couche et se prépare un thé. Elle prend un pain au lait dans le paquet. J'en veux un aussi. Le pain au lait à moitié machouillé finit écrasé sur le parquet du salon quand je m'en désintéresse pour jouer à éparpiller tous mes fruits et légumes en plastique dans la pièce.

charriot

10h30 : Après avoir écrit quelques commentaires de blog et répondu à quelques autres, Maman se décide enfin à se doucher. Moi je joue dans la cuisine jouxtant la salle de bain, principalement à sortir les cartons de la poubelle à recyclables. Soudain un boum et des pleurs. Maman se précipite hors de la douche, nonobstant les fenêtres de la cuisine donnant sur l'allée des voisins, et me retrouve étalée sur le carrelage, en étoile. Je me suis pris le pied dans une boîte de céréales vide, j'agonise. Maman me relève en râlant et retourne sous la douche. Maintenant c'est sûr, je ne quitterai plus ma maman d'une semelle. Je squatte donc la salle de bain, pataugeant allégrement dans l'eau ayant giclé sur le sol (si Maman était intelligente, elle aurait pensé à me mettre mes chaussons, oui mais voilà...), j'aimerais emmener le balai à chiottes en balade mais Maman semble trouver l'idée mauvaise, je me rabats donc sur tous les flacons de gel douche et de shampooing, que je jette au fond de la baignoire après les avoir goûtés (c'est vrai que c'est appétissant, tous ces parfums : vanille, abricot, mangue, aloé vera, fraîcheur marine...).

11h : Maman sort de la douche. Je profite qu'elle soit toute nue pour réclamer un encas. Maman me fait téter en serviette de bain, puis s'habille, puis m'habille. Elle essaie de se dépêcher, je vous rappelle que j'ai les pieds trempés. 

12h30 : Après s'être attelée à une foule de choses toutes plus inintéressantes les unes que les autres (passer le balai, plier la lessive, faire la vaisselle...), Maman estime qu'il serait temps de me faire prendre mon déjeuner. Elle se dit que si je lui colle aux basques en chougnant depuis une heure, c'est peut-être que je meurs de faim. La naïve ! A peine mon petit pot chauffé, nous entamons un duel sans merci. Je refuse catégoriquement d'avaler la moindre cuillère de cette purée que je mangeais sans souci avant, Maman refuse de comprendre que je trouve ça immonde maintenant et me fait le coup de "Regarde comme c'est bon, Maman elle mange, huuum !"

13h : Un bras de fer plus tard, j'obtiens gain de cause (faut dire qu'avec ses micro-muscles, ça n'a jamais été le truc de Maman, les bras de fer). Maman fait des pâtes à la tomate pour elle et pour moi. Elle voulait attendre Papa pour manger avec lui, tant pis pour elle ! Au moins ça lui évite de se bourrer de curlys pour patienter... on dit merci qui ? Moi j'aime beaucoup les pâtes à la tomate : sur les genoux de Maman, je mange ma petite assiette sans me faire prier. Et comme je suis sympa, je partage avec le parquet.

14h : Papa rentre du travail. Je suis bien contente, je pousse des petits cris d'excitation, je ris quand il me prend dans ses bras et me fait des bisous. Mais la fatigue (de Maman) commence à se faire sentir. Je décide qu'il serait temps de faire une sieste. Pour bien me faire comprendre, je deviens excécrable. Plus rien ne m'intéresse, je réclame les bras en pleurant toutes les deux minutes. Maman parlera avec Papa plus tard. Elle me fait téter. Vingt minutes et trois tentatives de couchers plus tard, je dors enfin.

15h30 : Papa et Maman rongent leur frein. Il fait un soleil magnifique, c'est le premier jour de beau temps de la semaine, ils iraient bien se promener... oui mais je dors ! Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'aujourd'hui, exceptionnellement, je suis partie pour trois heures. La balade attendra la fin d'après-midi. Le soleil aura disparu, au moins je n'aurai pas à supporter cet affreux chapeau ! 

17h : Je me réveille. Papa et Maman ne sont pas habitués à ce que je dorme autant, ils n'ont donc rien osé faire durant tout le temps de ma sieste. A part s'inquiéter de mon décès éventuel et vérifier toutes les heures que je respirais. Branle-bas de combat ! Il est tard, il faut que je goûte ! Papa suggère de me donner une pom'potes. J'adore ça, et ça évite de se casser les pieds à me mettre dans la chaise et à me nourrir cuillère après cuillère. Maman est un peu réticente, ça lui semble un peu de la triche et puis les pom'potes, ça coûte la peau des fesses alors c'est dommage d'en gâcher une juste parce qu'on a la flemme (tous les jours, quoi). Finalement, j'ai quand même une pom'potes "mais bien parce que c'est tard, hein" (bien sûr !). 

18h : On part enfin en balade ! Je suis surexcitée quand Papa me met mes chaussures. Si je le pouvais, je resterais toute la journée dehors (mais Maman dit que c'est trop dangereux que je joue toute seule dans la cour avec les voisins qui se garent comme des fous). Maman est déçue qu'il n'y ait plus de soleil, Papa bougonne parce qu'il a autre chose à faire à cette heure-ci. Moi je m'éclate, je cours partout dans l'allée piétonne, je m'arrête pour fixer de façon flippante les passants, puis je reprends ma promenade en me marrant. Je saute sur les plaques d'égoût, je caresse les voitures des riverains, je veux pousser tous les portails qu'on croise pour m'introduire dans toutes les maisons. A la fin, Papa me prend dans ses bras pour que j'aille enfin dans "le bon sens". Le leur, quoi. Celui de la maison. Bande de rabat-joie.

promenade

19h15 : Cela fait un moment que Papa et Maman sont affalés devant la télé, en dépit de tous mes efforts pour les sortir de leur torpeur (mise en marche du lecteur CD, attaque à l'Eléfun, danse de la chaise, chute et hurlements...). Soudain Maman s'écrie : "Eh, qu'est-ce qu'on mange, en fait, ce soir ?", Papa fait un bruit de bouche signifiant qu'il n'en a pas la moindre idée. Puisqu'on en est aux questions qui fâchent, Maman s'exclame dans la foulée : "Qui c'est qui fait manger Choupie ?" S'en suit un débat passionné à base de "Si je lui donne, tu la douches." et "Si je la douche aujourd'hui, tu la douches demain."

19h30 : Je mange. C'est Maman qui me donne. Papa s'est encore fait avoir comme un bleu et a hérité du bain. Ca va, je préfère les petits pots du soir à ceux du midi : dedans, il y a des pâtes (comme mes parents, je pourrais me nourrir uniquement de pâtes). Papa prépare le repas. Les parents ont finalement opté pour des fajitas, il coupe les poivrons. 

20h : Maman prend le relais des fajitas, et Papa prend le relais avec moi. J'aime bien me doucher avec Papa, il fait toujours le monstre quand il me déshabille et me rhabille. Par contre, avec lui, le bain est express. Papa, l'eau, c'est pas sa copine, il a tout le temps peur que je me noie ! Une fois le bain pris, Papa met ma couche pampers pour la nuit, mon pyjama et... me laisse vaquer à mes occupations. Avec Maman, j'ai droit à une histoire et une tétée, mais Papa a bien compris que ça ne servait à rien : je n'ai aucune envie de dormir, moi, je veux rester avec mes parents (et goûter leur repas !).

20h30 : Papa et Maman mangent. Je fais des tours de salon enthousiastes, toute contente de ne pas être au lit. Puis je me lasse et demande à monter sur les genoux de Maman. Et, une fois que j'y suis, à piocher dans son assiette. Pas de bol pour moi, ce soir c'est trop épicé et je dois me contenter d'un petit morceau de tortilla. Je me plains. Maman ne cède pas (tiens, c'est nouveau ?) et me tend un autre morceau de tortilla. Bon, c'est mieux que rien. 

21h : Première tentative de Maman de m'endormir au sein. Echec.

21h30 : Deuxième tentative de Maman de m'endormir au sein. Echec.

22h : Troisième tentative de Maman de m'endormir au sein. Encore un échec.

23h : Papa va se coucher. Il me prend avec lui pour me bercer dans le transat. Je m'endors enfin. Lui aussi. Sur le tapis d'éveil, à côté de moi. A mon prochain réveil, dans trois ou quatre heures, ce sera tout le monde dans le lit parental familial ! Chic !

[Fin du récit de Choupie]

Alors, je vous rassure tout de suite, ce n'est pas tout le temps comme ça. Ce ne sont que des situations vécues, mais pas forcément tous les jours. Parfois Choupie se réveille à 8h. Ou à 11h. Parfois la sieste ne dure qu'une demi-heure. Parfois (comme hier, youpi !!), elle est couchée à 20h30. Parfois elle mange son petit pot du midi. Puis elle délaisse celui du soir et se bourre de patates/haricots verts. Chez nous, la journée-type n'existe pas, rien n'est fixé dans le marbre.

Je sais que pour beaucoup de gens, donner des repères temporels à un enfant est primordial. Moi je me dis que je développe sa capacité d'adaptation. Je ne m'en vante pas, au contraire, c'est vrai qu'on a toujours du mal à s'organiser. On a un côté un peu bohème et on n'a pas tellement envie de se prendre la tête

Je réfléchis tout de même à revoir le déroulement de la soirée pour qu'elle puisse dormir plus tôt. Manger tous ensemble vers 19h, pour dédier une partie de soirée plus conséquente à son coucher. C'est dur pour nous, qui avons pris l'habitude quand nous étions étudiants de manger très tard pour pouvoir prendre notre repas devant le programme du soir et vivre un vrai moment de détente, dans la béatitude du remplissage ventral et du vide cérébral (manger une pizza bien chaude devant l'Amour est dans le pré, le kiff ultime).

Je crois que c'est malheureusement quelque chose à laquelle il nous faut renoncer en devenant parents (car oui, on ne naît pas parent à la naissance de notre enfant, on le devient progressivement). Le Nirvana, quand  tu as un petit gnome qui réclame à croquer dans ta pizza en chougnant alors qu'il devrait déjà être couché depuis une heure, il est de toute façon bien loin.

Mais ce n'est pas grave, il y a tout le reste.