Il y a quelques jours, j'ai écrit un article sur la gestion des crises quand on est désespéré et qu'on a tout essayé. Je voulais le publier, et je me suis dit que c'était sans doute un peu brutal de vous poster ça comme ça, de but en blanc. Alors avant de passer aux crises, je préfère vous expliquer déjà comment nous on gère le quotidien.

Je ne dirais pas qu'on pratique l'éducation bienveillante. Non pas parce que je n'adhère pas, j'adhère à 100%. Mais parce que, pour moi, c'est un truc de parents de niveau supérieur. Voilà, y'a parent débutant, parent lambda et parent expert. L'éducation bienveillante, c'est plutôt pour les parents experts, ceux qui fabriquent des activités Montessori, nouent des noeuds d'écharpe avec la dextérité d'un vieux marin, et petipotent le week-end au lieu de se vautrer devant la télé.

Alors vous imaginez bien que moi, qui suis à peine au niveau débutant, jamais je ne me lancerais sérieusement dans un truc comme ça. Ça voudrait dire lire des bouquins, ou à défaut des blogs, beaucoup de blogs, m'investir, réfléchir avant d'agir, surveiller mon vocabulaire, m'excuser quand j'ai dit un mot plus haut que l'autre et taper sur les doigts de mon mari s'il ne fait pas de même. Alors que bon, voilà, nous, on fait ce qu'on peut, surtout.

Ce que je vous livre aujourd'hui, ce sont donc quelques principes pour une éducation non pas bienveillante, mais pas trop malveillante.

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1) Répondre rapidement aux besoins :

Si Choupie semble avoir faim, être fatiguée ou s'être fait mal, on n'attend pas (trop) avant d'intervenir. On lui fait un biberon, on la couche ou on va la consoler. C'est vrai que des fois, on fait autre chose, on n'a pas envie, c'est pas le moment. Mais quand on y réfléchit, qu'est-ce qui est le plus important ?

Pour moi, il est essentiel qu'elle se sente comprise, soutenue, qu'elle sache qu'on est là tout le temps et qu'elle est (dans la mesure du possible) notre priorité. Ça vaut le coup de lever ses fesses pour aller voir ce qu'il se passe et ce qu'on peut faire.

2) Ecouter et dialoguer :

Tata Ginette vous raconte son opération de la hanche et vous, vous discutez de votre prochain séjour à Madrid avec votre conjoint... ça vous semble poli ? Pas vraiment, hein ?

Alors quand Choupie (14 mois) parle, on l'écoute. Même si elle baragouine et qu'on comprend que dalle. Et tant qu'à faire, on lui répond. Sûrement à côté, mais c'est l'intention qui compte, n'est-ce pas ?

Je suis toujours un peu surprise de voir que des gens (et il y en a beaucoup, je dirais la majorité !) ne semblent pas remarquer quand elle parle. D'une part, parce que je trouve que sa façon de s'exprimer est assez fascinante et mérite qu'on s'y attarde. Et d'autre part, parce que les bébés aussi ont droit au respect. 

3) Ne pas déprécier :

Les mots ont du sens et on construit l'image qu'on a de soi-même en grande partie par les mots que les autres ont utilisés pour nous décrire. Ainsi, j'évite de dire à ma fille qu'elle est un monstre parce qu'elle hurle, un petit rat parce qu'elle mange salement, qu'elle est stupide parce qu'elle ne fait pas ce qu'on lui demande ou qu'elle est vilaine parce qu'elle ne vient pas nous faire de bisou.

Je ne suis pas parfaite, effectivement, des fois je dis que c'est un "monstruo-bébé", qu'elle mange comme un cochon, qu'elle est pénible et pas très gentille sur ce coup-là. Mais j'essaie de ne pas présenter ça comme des traits de caractère, car ce n'en sont pas.

Et évidemment, on évite les mots violents et grossiers, les insultes. Ça paraît évident, mais il y a vraiment des parents qui insultent leurs enfants. Même ici, je dois reprendre Papa-chat quand je l'entends lui dire "Dégage" parce qu'il est énervé.

4) Valoriser :

Pratiquer le renforcement positif. L'inverse du renforcement positif, vous le connaissez, c'est la punition. La punition, c'est, quand quelque chose nous déplaît, imposer quelque chose de désagréable afin que l'action déplaisante reste associée à la réaction désagréable, et si possible ne se reproduise pas dans le futur. Le renforcement positif, c'est, au contraire, marquer le coup quand quelque chose de bien se passe : "C'est bien ma chérie, félicitations, bravo, c'est une grande fille, Choupie-chat !"

Exemple typique : Choupie a la mauvaise habitude de recracher son eau quand elle boit (elle s'obstine à vouloir boire dans nos verres et boit souvent trop vite). Au lieu de la punir quand elle le fait, on la félicite quand elle ne le fait pas !

Et puis féliciter à chaque fois que la situation s'y prête, même sans vouloir éradiquer quoi que ce soit, et valoriser pour le plaisir de valoriser, à toute occasion grande ou petite : "Comme tu es belle, comme tu es gentille, comme tu es intelligente !" Ça ne coûte rien et ça fait beaucoup pour l'estime de soi.

5) Relativiser :

Quand je suis devenue adulte, j'ai découvert une expression merveilleuse : "C'est pas grave." Vous renversez un verre chez un copain ? "C'est pas grave, t'inquiète !" Et tout d'un coup, un poids s'est envolé de mes épaules.

Alors pourquoi quand ce sont les enfants, soudain, ça devient grave ? Parce qu'ils le font exprès ? Rarement. Parce qu'il faut leur apprendre à faire attention ? A presque 27 ans, il me semble que je suis toujours aussi maladroite, les engueulades de mes parents n'y ont pas changé grand chose.

En privé, un mouvement d'humeur est souvent inévitable (enfin, chez moi, il l'est) : "Mais comment tu te débrouilles ??! Deux fois aujourd'hui que tu me fais ça !!" Mais la surprise (du verre d'eau froide renversé sur les jambes) passée, pas besoin d'en faire un fromage.

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Evidemment, je ne vous présente pas là le manuel du parent parfait. Ouh la, ma bonne dame, non. Ça c'est juste la base hein, considérer l'enfant comme une personne, et le traiter en conséquence.

Et même à cette base bassement basique, on faut (on n'emploie pas assez le verbe faillir au présent de l'indicatif) parfois. Répondre aux plaintes, être à l'écoute, supprimer les adjectifs péjoratifs de notre vocabulaire, féliciter chaque effort et retenir les cris de putois pour les broutilles... on n'y arrive pas tout le temps.

Et puis parfois on essaie, mais notre (petit) interlocuteur n'est pas lui-même dans une démarche d'écoute respectueuse. Il hurle, il hurle, le bouton off est introuvable et on se sent devenir grand, gros, vert, et potentiellement violent.

Alors quand notre bonne volonté est piétinée, que notre patience est mise à mal et que tout semble perdu, que faire ? Vous le saurez dans le prochain épisode de notre saga éducative...