S'il y a une expression utilisée encore et encore par les parents, c'est bien "On en voit le bout". En tant que parents, on a toujours l'impression à un moment ou à un autre d'en voir le bout.

  • Une semaine après l'accouchement, sortis du baby blues, quand les hormones nous lâchent enfin la grappe et que l'on se fait doucement l'idée de vivre avec ce bébé jusqu'à la fin de nos jours, on a déjà l'impression d'en voir le bout. 
  • Quand bébé a 2 mois, qu'il commence à sourire, à interagir avec nous, et qu'on commence à être (un peu) rodés dans notre rôle de parents, on se dit que ça y est, là, on en voit vraiment le bout.
  • Même chose quand bébé, à 6 mois, mange du solide, se tient assis, rampe et n'est plus complètement dépendant de nous : on se plaît à nouveau à penser que ça y est, on en voit le bout.
  • Impression confirmée à 1 an, quand la chair de notre chair se tient debout, marche, joue en autonomie et mue progressivement de gros bébé à petit enfant, là, on en voit carrément le bout !

jardin

Ça, c'est sûr, on l'aura vu souvent, le bout (faut bien en passer par là, pour avoir un bébé, ricaneront les plus grivoises d'entre vous... suivez mon regard...) ! Mais pour ce qui est de l'atteindre... 

(En fait, c'est comme lorsque, heureuse d'avoir un lecteur supplémentaire sur mon blog, je claironne auprès de Monsieur Chat que c'est le début de la gloire... "D'accord, me répond-il, mais ça fait des mois que c'est le début de la gloire... C'est quand la gloire tout court ?")

Non, amis parents, je suis désolée, mais nous n'arriverons jamais au bout du chemin. Du moins pas avant que nos enfants aient 18 ans. Et encore ! Car à l'âge adulte, nos bébés d'aujourd'hui continueront à nous solliciter : parce qu'ils auront rompu, parce qu'ils n'auront pas d'argent, parce qu'ils seront au chômage (oui oui, je noircis le tableau, mais chacun est déjà passé par là dans sa vie, non ?). Et puis un jour, ils auront eux-mêmes des enfants, et eux-mêmes se berceront dans l'illusion d'en voir le bout, alors que pas du tout.

Oui bon, d'accord. Mais tout de même, je crois qu'on en voit le bout.

Le bout des petits pots

Il y a un peu plus de deux ans, nous avons décidé, Monsieur Chat et moi, de devenir végétariens. Pas sur un coup de tête, car ça faisait plusieurs mois (années ?) que nous nous disions qu'un jour, il nous faudrait en passer par là. Mais du jour au lendemain. Du jour au lendemain, nous n'avons plus mangé de viande. Jamais. Aucune rechute à signaler. Peut-être un peu de gélatine planquée (peut-être même des bonbons trop tentants une ou deux fois), et sûrement un peu de présure chez les autres (parce que c'est dur de faire comprendre que, même sans être végétaliens, ce n'est pas free-frometon pour autant), mais pas de viande qui s'assume.

Et pour Choupie, ça a été pareil. Des mois que nous nous disions que ce n'était pas raisonnable, tous ces petits pots, alors qu'elle était tout à fait en âge de manger comme nous, et qu'elle faisait d'ailleurs régulièrement des doubles-repas : un dans sa chaise et un sur mes genoux une heure plus tard. Mais à chaque fois, invariablement, c'étaient les petits pots qu'on lui reservait.

C'est trop tentant, les petits pots : 40 secondes au micro-ondes, moins d'une minute à attendre si bébé manifeste sa faim plus tôt que prévu ! Et tout déjà dosé : légumes, féculents, matière grasse, assaisonnement... Et tout bien pesé : 200g le pot. Si elle n'en mange que la moitié, elle a mangé 100g, les trois quarts, 150g. Voilà, on sait (on ne peut pas en faire grand chose, mais on sait). Forcément, affronter la vie sans micro-ondes, ingrédients uniformément dosés et quantités bien définies, c'est effrayant. Les petits pots, c'était une drogue... pour nous.

Et puis, du jour au lendemain, on a arrêté. On l'a mise sur sa chaise haute, et au lieu de lui donner un petit pot, on lui a donné comme nous. D'ailleurs, on a mangé avec elle. Ce n'était pas la première fois qu'on le faisait. La différence, c'est qu'on a recommencé le lendemain. Et le surlendemain. Et le sur-sur-lendemain. Pour tout vous dire, on fête aujourd'hui notre première semaine d'abstinence de petits pots !

Évidemment, ça a un inconvénient : ça nous oblige à manger équilibré. Des légumes différents à chaque repas (ou presque), des féculents variés, des légumineuses régulièrement... (et je sale beaucoup moins -en fait, la plupart du temps, j'oublie purement et simplement-, au grand dam de Monsieur Chat !) On fait des menus pour la semaine, une liste de courses précise... Ça nous change de "Qu'est-ce qu'on mange ? Des pâtes ?"

Mais avec Choupie, les repas, ça va mieux. Parce que faire un seul repas pour tout le monde, ça gagne du temps : on mange tous à 19h30, voilà, c'est réglé. Et puis parce que manger comme nous, forcément, elle préfère. Donc on se bat moins pour lui faire avaler ses cuillères (même si parfois ça ne posait pas de souci avec les petits pots, et même si parfois, ça en pose avec les repas normaux... mais les pourcentages bien mangé/rechigné sont inversés). Alors finalement, ça nous simplifie la vie.

 (Et notre budget nous dit merci.)

Le bout des après-midi interminables et des soirées sans fin

Ça, on ne l'a pas vraiment prémédité. Mais un peu quand même. On peut dire que Choupie, à 14 mois, a enfin des horaires de sommeil réguliers !

Ça a commencé avec les siestes. On s'est aperçus qu'entre 13h30 et 15h, notre fille était fatiguée. Entre 13h30 et 15h, pas avant, et pas après ! Imaginez la révélation. Et que dans ce créneau, on pouvait donc la coucher et elle pouvait s'endormir en quelques minutes sans émettre un râle de protestation.

Alors est-ce que jusque là, on était aveugles, on ne repérait pas ses signes de fatigue et on ne pensait pas à la coucher ? Peut-être. C'est toujours difficile de dire après coup. Peut-être juste qu'elle n'avait pas de rythme et que maintenant elle en a un ? On ne saura jamais.

Toujours est-il qu'en début d'après-midi, elle dort. C'est une vraie période définie, sur laquelle on peut compter... et on ne s'en prive pas, de compter dessus, on l'attend avec impatience ! Le revers de la médaille, c'est qu'on peut s'assoir sur toute activité avant 17h : courses, shopping, promenade... tout doit attendre le réveil de Mademoiselle.

Pour ce qui est des nuits, un jour j'en ai juste eu marre. J'ai décrété : "A partir de maintenant, je ne veux plus d'elle dans le salon après 22h ! Cette semaine, l'objectif, c'est qu'elle soit au lit avant 22h, et dès la semaine prochaine, on la couche à heure fixe." Et ça a marché aussi ! Contre toute attente, elle est allée se coucher sans râler !

Oui, on reste auprès d'elle pour l'endormir, parfois pendant de longues minutes (et, oui, elle se réveille toujours plusieurs fois par nuit), mais elle n'est pas opposée au sommeil. Quand on la couche, elle accepte d'aller dormir et se laisse accompagner dans le sommeil sans protester. Une petite révolution ! Et révolution aussi de pouvoir compter sur ces deux ou trois heures avant d'aller dormir où on n'a plus d'enfant dans les pattes !

Une fois encore, je ne saurais pas dire si c'est une évolution de Choupie, ou une évolution de notre part. Si ça aurait marché avant, ou si ça ne devait marcher que maintenant. Ce que je sais, c'est que même en étant les parents les plus bohèmes du monde, ça fait du bien de pouvoir se reposer sur des moments de calme préprogrammés. 

Le bout de la cohabitation inter-espèces

Un bébé, c'est chouette, c'est chou... mais c'est une bête à part, quoi. J'adore mes chats (coucou Arya à côté de moi), mais heureusement qu'ils n'ont pas beaucoup besoin de moi au quotidien, sinon ce serait un enfer d'essayer de communiquer avec eux. Bon ben voilà, le bébé, c'est pareil, réussir à communiquer avec, c'est le parcours du combattant, sauf qu'il faut obligatoirement réussir à comprendre, et tenter de se faire comprendre aussi.

Cas typique : l'enfant veut quelque chose. Le parent ne comprend pas. Et là, c'est le drame. Cris, pleurs, bébé inconsolable, parent qui s'énerve, nerfs qui lachent, sanglots redoublés des deux côtés, et cette question lancinante : "Mais pourquoi je ne me suis pas fait ligaturer les trompes ?"

Je ne dis pas que nous en sommes complètement sortis. Il y a toujours de l'incompréhension mutuelle et des crises parfois violentes. Mais c'est tout de même différent. La plupart du temps, il y a une raison intelligible aux crises (c'est juste qu'on ne la trouve pas forcément). Il y a moins de pleurs "de décharge" (ces pleurs qui ne servent qu'à évacuer les tensions de la journée), et moins cet instinct primitif, ce besoin de chaleur, de protection, de fusion, que nous avons perdu, nous les adultes, et qui nous paraît extravagant ("Mais enfin, tu es très bien dans ton lit/ton transat/ta poussette, alors pourquoi tu pleures ?"). 

Maintenant, Choupie est un vrai petit humain. Elle se tient sur ses deux pieds, prononce des syllabes, rigole aux blagues, fait des blagues elle-même, parle avec nous, essaie de mettre ses vêtements et ses chaussures... fait de son mieux pour nous imiter, en somme. Il lui manque le vocabulaire, mais on sent les mots au bord de ses lèvres, car elle a intégré tout notre quotidien et les éléments qui le composent. Cela ne cesse de m'étonner.

Quand sa nounou me rapporte qu'elle va chercher des jouets pour son copain qui pleure et lui donne en disant "Ta !", je suis fière de ma fille. Pas juste parce qu'elle est belle et intelligente, comme je l'ai toujours été (car elle l'a toujours été), mais parce qu'en plus, elle devient quelqu'un de bien.

Clairement, c'est plus facile à gérer, le mini-enfant que le bébé. Et à vrai dire, ça me fait un peu peur, de tout recommencer depuis le début avec un deuxième. Je n'aime pas cette idée de recommencer ce qui a déjà été fait.

Je n'ai eu qu'un seul amour, et tant mieux, car je dois reconnaître que je serais très ennuyée de me retaper le parcours qu'il a fallu faire pour en arriver à ce degré d'intimité et de complicité. Je trouve que les expériences passées, bonnes ou mauvaises, sont très bien là où elles sont. Je ne voudrais pas retourner dans le passé, je ne voudrais rien y changer ("Je ne voudrais pas refaire le chemin à l'envers..." c'est cadeau), je suis bien telle que je suis, forte de tout ce que j'ai été.

Alors oui, l'idée d'avoir un second enfant me turlupine quelque peu. Tout en m'attirant irrésistiblement. C'est ça qui est fou, finalement, avec les enfants. Qu'on sait qu'on va en baver. Mais qu'on en fait quand même. Et qu'on en refait dès qu'on a un peu trop l'impression d'en voir le bout.