Je mène deux vies parallèles. Eh oui. Deux vies sociales, surtout.

Il y a ma vie virtuelle. Avec mes amies tout aussi virtuelles. Pour beaucoup déjà mamans. Ou bientôt mamans. Et ce n'est certainement pas mon genre de les dénigrer parce que je ne les ai jamais rencontrées. Plusieurs de mes amitiés fortes se sont créées par ce biais-là.

On se raconte nos vies par l'intermédiaire de nos blogs ou de Facebook, on se demande des conseils, on laisse un commentaire gentil pour montrer qu'on est là, qu'on comprend, qu'on soutient ou qu'on admire. C'est une amitié 2.0. Tous les jours, seule à mon ordinateur, je navigue d'un onglet à l'autre, d'une vie à l'autre. Des vies finalement assez similaires à la mienne, avec les mêmes problèmes, les mêmes préoccupations.

Et il y a la vraie vie, remplie de personnes palpables. Des personnes qui ne partagent pas forcément mes centres d'intérêt. Soit parce que je les ai rencontrées par hasard : ce sont mes voisins, les commerçants de ma ville, mes collègues de travail (quand mon travail n'est pas lui-même virtuel)... Soit parce que je les connais depuis trop longtemps pour que les intérêts communs perdurent : ne reste alors que l'attachement affectif. Ce sont les membres de ma famille, ce sont mes amis du collège ou du lycée.

Parmi ces amis d'enfance (ou d'adolescence, ne chipotons pas), il y a un noyau fort. Le clan des sept, comme on pourrait l'appeler, parce que quand j'envoie un mail commun pour organiser quelque chose, j'ai beau compter et recompter, ça fait toujours sept. Bon, d'accord, souvent il y a ma soeur en plus, car ma soeur est plutôt cool, et ça fait huit.

Ce n'est pas un groupe d'amies, car si pour moi la liste est invariable, elle ne l'est pas forcément pour les autres. Mes amies ont des amis, et certaines sont moins amies entre elles que d'autres. C'est mon groupe d'amies. Mais comme je suis souvent celle qui les réunit, les intrusions sont finalement assez rares.

coupines

 Sauras-tu me retrouver parmi ces naïades ?
(oui, ça fait cinq, je sais compter, nous avons eu deux désertions à déplorer ce jour-là)

Six autres filles aux prénoms de princesse, aussi rares (pour la plupart) que le mien est commun. Comme si leurs parents avaient voulu les promettre à un destin extraordinaire (croiser ma route, donc). Six filles originales et décalées, qui ne suivent ni la mode, ni les idées toutes faites. Six filles de 27 ans qui s'exclament d'une même voix : "Un bébé, oh la la, pas maintenant !"

Alors de quoi ça parle, les non-mamans ?

  • De bébés : Des autres, donc. De la soeur, la cousine, la collègue... Des bébés qui parlent, marchent, font leurs dents, sont mal élevés et malpolis, qui les appellent "Tata" et font des sourires trop mignons. Et toi, tu te sens un peu étrangère (ou étrange tout court) parce que le bébé que tu connais le mieux, c'est banalement le tien. Ta vie avec bébé, à toi, elle est tellement plus riche, plus stressante et plus compliquée... T'as envie de dire : "Vous n'imaginez pas ce que c'est, d'être parent !", t'as envie de dire : "C'est quand que vous vous y mettez ? Je me sens seule !", mais tu te tais, parce que tu ne veux pas passer pour une vieille conne à 27 ans.
  • De mecs : Et il y en a eu, des mecs, depuis l'époque où nous nous auto-nommions "desperate spinsters", il y a de ça plus de dix ans ! Des relations souvent durables, mais entre gris clair et rose foncé. Longtemps, sur ce point-là, j'ai complexé. Parce que quand tout le monde était sur son petit nuage, moi je me disputais, moi je ne faisais pas l'amour trois fois par semaine, moi je pensais parfois à rompre. Mais après quelques années où tout le monde a pu expérimenter la vie commune, je suis plutôt rassurée de constater que c'est chez tout le monde pareil. A la réflexion, j'étais peut-être un peu bête de ne pas voir que c'était la vraie force des couples dans le temps, de vivre ces doutes et ces épreuves, et de tenir malgré tout.
  • De seins, de maillots de bain, de cheveux : Trop petits, trop gros ou asymétriques, sexy, mignon, neuf ou usé, longs, courts, colorés ou naturels. Et ça papote, et ça se questionne. Et les mecs, nos mecs, sont bien contents d'être restés à la maison, pour ne pas avoir à subir ça comme à l'époque où, trop fières de nos chéris, nous les amenions à chaque réunion comme des trophées. 
  • De carrière : Ou de non-carrière. De galères. De boulots routiniers. Ou de pas-de-boulot. De changements de voie. De malédiction de la chambre 114... parce que quand même, est-ce que c'est normal que trois filles promises à un brillant avenir se retrouvent toutes les trois galériennes de l'emploi à presque 30 ans ? C'était peut-être la chambre à rêves, cette 114... et non, mes amis, ça gagne pas beaucoup, de suivre ses rêves (vous voilà prévenus) ! On se demande ce qu'on va devenir, un peu paniquées au fond, mais en rigolant du chômage comme si c'était marrant. On n'est pas sérieux quand on a 27 ans... 
  • Du moral : qui est bon, ou moins bon. De la vie, qui est dure, ou moins dure. De déprime ou d'angoisse. Ou alors non, moi ça va, merci. C'est bien, les copines, ça fait psy aussi, à ses heures perdues. Ça aime prendre ton petit coeur dans ses mains pour le garder au chaud. Et finalement, on se voit deux fois par an, mais on a toujours l'impression de s'être quittées hier.

On garde de ces meetings un goût d'inachevé. On se dit au revoir comme si l'on allait continuer cette conversation demain, au lycée. Mais chacune rentre chez elle, dans un coin de la France, et la suite des nouvelles attendra la prochaine rencontre. Dans six mois. Lorsque toutes nos vies auront encore tellement changé.

Merci les copines pour cette parenthèse lacustre où je me suis prise pour une nullipare. Je retourne à ma réalité, de maman et de blogueuse professionnelle (puisque je suis quand même payée pour bloguer, moi) (oui, je sais, je suis une chanceuse). C'est peut-être ça, finalement, ma vraie vie sociale. Cette vie sur internet où je chatte avec mes collègues et où j'appelle mes amies des blopines. Paradoxal, n'est-ce pas ? 

(Oui, je sais, je finis légèrement en queue de poisson... mais vous croyez que c'est pour quoi, qu'on se retrouve dans un lac, si ce n'est parce qu'on est des sirènes ?)