Ce week-end, nous étions tous les trois chez mes beaux-parents et, devant une Choupie-chat recouverte de sauce tomate jusqu'aux cheveux (une fois de plus), je m'exclamais : "Je ne sais pas ce qu'on a raté, mais visiblement, c'était un truc important !"

C'était une boutade, bien sûr, mais en vérité, ça ressemble assez au bilan que je tire de cette première année avec Choupie. Je ne sais pas si ça transparaît dans le blog, mais non, je ne suis pas très satisfaite de la façon dont nous avons (et dont j'ai, en particulier, forcément) élevé notre fille. 

Choupie, à 15 mois, a la maturité affective d'un bébé de quelques semaines seulement.

- Elle a besoin de nos bras en permanence, râle, voire pleure, voire crie quand nous la posons. Pour tout dire, nous avons appris à ignorer ces cris, aussi affreux que ça puisse paraître, car souvent ils ne durent pas... et surtout, nous n'y pouvons rien : si nous la posons, c'est généralement pour une bonne raison (autre chose à faire, trop mal aux bras, etc.).

- Elle fait régulièrement des crises épouvantables qui nous laissent complètement démunis et effraient nos voisins. Une fois encore, nous nous retrouvons bien souvent dans l'impasse, sans autre choix que d'attendre que ça passe, et de revenir régulièrement vers elle en espérant réussir à la consoler. Nous avons plusieurs fois envisagé de l'emmener chez le pédopsy, tant ces crises étaient violentes.

- Quand elle est énervée, ou angoissée, ou fatiguée, elle ne cherche pas du réconfort dans son doudou, sa sucette ou son pouce, qu'elle a pourtant toujours à disposition. Non, il lui faut mon petit doigt à moi, qu'elle prend sur ma main et met d'autorité dans sa bouche. Genre Maman est mon doudou, normal (vous n'imaginez pas le regard désapprobateur des gens quand elle fait ça en public).

- Elle s'endort toujours bercée, dans son transat, et se réveille plusieurs fois par nuit. Parfois, en la berçant à nouveau, on parvient à la rendormir. Mais parfois, il faut qu'elle tète, il n'y a que ça qui la calme. C'est étonnant qu'à son âge, elle ait encore faim la nuit. Notre petite fille a 15 mois, mais nous avons toujours, certains jours, la tête de zombie des parents de nourrisson.

En bref, elle est d'un naturel angoissé, et a sans cesse besoin d'être rassurée. Vous vous représentez, la culpabilité qu'on ressent, quand on a été soi-même très angoissée durant sa grossesse et qu'on met au monde un bébé comme ça ? Evidemment qu'on fait tout de suite le lien de cause à effet, et évidemment qu'on s'en veut de n'avoir pas été capable d'apaiser durablement son enfant pour le rendre, ni plus ni moins, comme tous les autres bébés de son âge.

Il y a quelques jours, je lisais le récit des deux premiers mois d'une jeune maman. Son bilan était idyllique : un bébé adorable, qui faisait ses nuits et ne pleurait jamais, une maman qui se levait tous les jours avec le sourire et n'avait jamais été aussi épanouie. Je vous laisse visualiser la tête que je faisais, moi, avec mon bébé de 15 mois râleuse professionnelle et insomniaque de compèt'. Je suis passée par toutes les émotions :

  • j'ai failli pleurer de dépit,
  • j'ai retrouvé foi en l'humanité à couches et je me suis dit que pour mon prochain enfant, tout n'était pas perdu,
  • je me suis marrée : "Ha ha, on verra dans quelques mois, si elle dit la même chose !" (oui, je sais c'est terrible de dire ça, ça fait très vieille conne aigrie, mais enfin, lecteur, je te livre la vérité, toute la vérité)

Et finalement, je me suis tâtée, mais je n'ai pas mis de petit "j'aime", bien que son texte soit très mignon, car la jalousie m'étouffait.

Pourtant, force est de constater que non, je n'ai pas tout raté, avec ma fille.

- Il y a sa tête, déjà. Bien sûr, je n'y peux rien, c'est le hasard de la génétique. Mais notre fille est physiquement très réussie. Non seulement elle a pris le meilleur de nous (pas pour le caractère, mais c'est un autre problème), mais elle nous a même sorti des gènes de nulle part pour être encore plus craquante, avec ses cheveux tout clairs, dorés au soleil, et ses yeux bleus-verts-gris qui mériteraient un poème à eux seuls.

- Il y a les repas, ensuite. N'en déplaise à ma mère, mes beaux-parents, mes soeurs, mon mari (ouais, un peu tout le monde, en fait), pour moi, la priorité n'est absolument pas qu'elle mange proprement. Qu'un bébé de 1 an se mette de la bouffe sur les mains, le visage et les cheveux en mangeant, ça me paraît plus normal que dramatique. Je lui enseigne qu'on ne jette pas la nourriture ou les couverts par terre, et cela me semble bien suffisant en terme de savoir-vivre, à cet âge. Moi, je voulais juste qu'elle mange de tout, en quantité suffisante et de façon relativement autonome. Pari gagné : les légumes ne lui posent aucun problème, elle boit de l'eau dans son petit verre et sait se servir de sa mini-cuillère et de sa mini-fourchette. Il n'y a que pour les fruits que, bizarrement, c'est plus difficile, mais ce n'est pas très grave.

- Et puis, en règle générale, elle est très débrouillarde. Je dois avouer que je ne suis pas une maman-Montessori. Je peux essayer comme ça des activités que je vois chez des copines mamans, si j'ai du temps (rah, le temps, le truc que j'ai genre... jamais) et le matériel sous la main, mais globalement, préparer des activités, ce n'est pas mon truc (worst animatrice of the world). Du coup, bon, les activités d'éveil, ce n'est certainement pas son point fort, à Choupie. Mais elle a une intelligence du quotidien très prononcée. Comme je la laisse toucher tous les objets pourvu qu'il n'y ait pas de danger (pour elle, ou pour l'objet), elle sait exactement où tout se range (et se dérange), comment tout attraper, tout ouvrir, à quoi servent les objets et elle nous surprend tous les jours en nous imitant toujours un peu plus. Une vraie petite fille miniature ! (c'est d'ailleurs ce qui surprend le plus les gens qui la voient : ce bébé si petit et déjà à ce point habile et déterminé)

duplos(Oui, je sais, ce sont des jouets rôôôses, et c'est la première chose que j'ai dite à mon mari quand il les a ramenés : "Mais pourquoi tu lui a pris des duplos de fille et pas des normaux ??" Mais il paraît qu'il n'y avait que ça. Bon.)

- Une de mes grandes fiertés, également, c'est qu'elle soit plutôt sociable. Il lui faut du temps pour jauger les personnes : elle est très observatrice, à la limite du flippant (il paraît qu'au relais assistantes maternelles, les animatrices n'arrêtent pas de demander s'il lui arrive de parler et de sourire, et qu'elle fait un peu peur aux autres enfants). Mais finalement, pas tant que ça. Elle est très rapidement à l'aise avec ses grands-parents et ses tantes. Et il y a des personnes qui lui plaisent instantanément. Je suis toujours scotchée quand elle demande à aller dans les bras de quelqu'un rencontré cinq minutes plus tôt, ou qu'elle prend la main tendue de parfaits inconnus (y'a un nombre d'inconnus qui tendent la main aux bébés dans la rue, c'est incroyable... et un peu inquiétant). 

- Et puis, quand elle est de bonne humeur, c'est un vrai bonheur ! C'est une petite fille très amusante, qui rit beaucoup et sourit à pleines dents (qu'elle a fort jolies, soit dit en passant). C'est une petite fille bavarde, qui baragouine à longueur de journée et semble toujours avoir quelque chose à raconter, avec la petite intonation qui va bien. Enfin, c'est une petite fille affectueuse, qui comprend très bien les mots "câlin" et "bisou" et nous en fait sans rechigner, en lovant entièrement son petit corps dans nos bras.

Sous Notre Toit, il y a quelques semaines, une jeune femme disait qu'elle ne voulait pas d'enfant parce que, entre autres, elle entendait sans cesse les parents se plaindre de leur progéniture. Elle se demandait pourquoi la plupart des gens s'imposaient cette épreuve.

C'est vrai que c'est dur. Mais c'est vrai aussi que nous sommes injustes quand nous disons (sur le ton de la blague, rassurez-vous) : "Au moins elle est jolie." Au moins elle est gourmande, dégourdie, extravertie, joyeuse, drôle, intelligente, gentille et tant d'autres belles choses encore. Et pour tout cela, si vous en doutiez, nous ne regrettons jamais de lui avoir donné le jour, à cette merveilleuse enfant.