Récemment, une amie m'a demandé si j'allais être en vacances. Non, en fait, elle m'a dit : "Tu vas sûrement être en vacances." Bon, c'est pas pire qu'Elodie, qui m'a carrément affirmé que j'allais être en vacances. D'ailleurs, l'amie dont je parle a le même prénom. Qu'ont donc toutes ces Elodie à vouloir m'envoyer en vacances ? Je suis très bien, moi, à travailler ! Après un coup de mou il y a un ou deux mois, j'ai repris le rythme, et c'est toujours avec un véritable plaisir que je vais à l'ordinateur tous les matins pour m'occuper de mes petits sites (qui ne sont pas à moi, et qui ne sont pas si petits, mais passons).

Bref, c'est ce que je lui ai répondu. Enfin, presque. Je lui ai dit qu'au moins, ça me tenait occupée, de travailler. Et là, sans doute à cause de cette formulation bizarre, je crois qu'elle a compris que j'étais dépressive et que je me réfugiais dans le travail comme d'autres se réfugient dans l'alcool. Elle a mis un smiley triste et m'a assuré qu'elle passerait me voir dès que possible. L'attention était très gentille. Mais enfin, non, je ne suis pas dépressive ! Le soir, j'arrive à m'endormir rapidement (à 3h du matin, quand je termine mes articles) (c'était Maman Nouille qui me demandait où je trouvais le temps d'écrire autant), et le matin, je me lève sans souci (enfin, après avoir snoozé mon réveil trois fois) (rapport à l'heure où je suis allée me coucher après avoir écrit mon article). 

Pourtant, c'est vrai que je pourrais l'être un peu. Surtout depuis samedi.

Samedi matin, en me levant, j'ai eu le bon goût de marcher dans un vomi de chat, posé amoureusement à proximité de la table de la cuisine. La journée commençait bien. Mais je n'étais pas au bout de mes bonnes surprises !

Ce même matin, j'ai reçu un mail guilleret d'EDF, m'invitant à aller consulter ma facture d'électricité en ligne, suite au relevé du compteur quinze jours plus tôt. Typiquement le genre de mails que j'ignore d'habitude : la CAF, la Caisse d'Epargne, Pôle Emploi... Ça m'ennuie prodigieusement de devoir aller sur le site, retrouver mon identifiant et me souvenir de mon mot de passe. Alors, je laisse couler. Il n'y a rien d'important, sur internet, de toute façon. Les choses sérieuses, ça arrive par la Poste, non ? (C'est bien pour cela que je redoute terriblement le courrier, et que j'éprouve toujours un certain soulagement quand mon mari me dit qu'on n'en a pas.) Mais je ne sais pas, cette fois-ci, une intuition (oui, bon, plutôt une crainte enfouie ne demandant qu'à se réveiller) m'a incitée à faire l'effort d'aller voir cette fameuse facture qui, théoriquement, n'aurait dû rien m'apprendre.

Et ce que j'y ai vu m'a laissée sur le cul. C'était tellement gros que, d'abord, je n'ai pas compris. 1060€ ? Mais 1060€ quoi ? 1060€ à l'année ? Et c'est quoi ces 231€ ? La régularisation ? 231€ de régularisation, et 1060€ à l'année (divisés par 12, donc) ? Avouez que dans ce sens-là, ç'aurait été plus logique. Mais quand mes yeux ont enfin accepté de voir ce qu'ils avaient sous le nez (le nez de mes yeux, oui oui), j'ai compris qu'il s'agissait de 1060€ de régularisation (qui seraient prélevés le 5 janvier, sympa de prévenir !) et que c'était notre mensualisation qui passerait de 93 à 231€.

Complètement paniquée, j'ai envoyé un sms à Papa-chat, qui était au travail. Par chance, il était en pause à ce moment-là. Il m'a dit : "Bon, ok." J'ai failli hurler. Rectification : j'ai hurlé. Dans ses oreilles. (Car tout détendu qu'il était, il avait quand même pris la peine de m'appeler. L'inconscient.) "Non, pas ok, non ! Mais comment on va payer ça ??" Il m'a rassurée : "Ça va aller, je vais vendre mes jeux vidéos, et même mes consoles." J'ai pensé : "C'est ça, prends-moi pour un jambon, genre t'as 1291€ de jeux vidéos dans notre maison ?" Mais je me suis abstenue de l'oraliser, pour ne pas décourager cette pieuse idée. J'ai dit : "Ok, à tout à l'heure." et j'ai raccroché. Mais comme je hurlais toujours dans ma tête, je suis allée prendre des médicaments et je me suis sentie mieux. Tout de suite. Faut croire qu'il y a quand même une grande part de psychologique là-dedans. 

Vous vous dites peut-être que je vous en raconte trop, entre le montant de ma facture d'électricité et ma tendance toxicomane ? C'est peut-être vrai. C'est sûrement vrai. Mais croyez-moi, à côté de la découverte que j'ai faite dans les minutes qui ont suivi, tout ça, ce n'était que du pipi de chat (ou du vomi de chat). Si si, c'est possible. Mais comme j'ai quand même un minimum de pudeur (un minimum), je ne vais pas vous en parler. Je peux juste vous dire qu'à ce moment-là, j'étais très très contente d'avoir pris des médocs et de pouvoir accueillir cette énorme déconvenue (euphémisme) avec une certaine philosophie.

Pour finir en beauté, après le vomi, la facture de l'enfer et l'événement-dont-on-ne-prononcera-pas-le nom, Choupie a renversé un paquet entier de Chocapic par terre, à quelques centimètres de la caisse des chats, et j'ai dû tout ramasser, pour tout jeter. Sauf ceux qui étaient collés à ses chaussettes et faisaient "schtroutch schrtoutch" quand elle marchait, ceux-là, elle avait l'air d'y tenir. Ou ils tenaient à elle. Enfin, l'un ou l'autre.

Tout ça pour dire (on y arrive !) que suite à ce week-end qu'on pourrait facilement couronner Worst Weekend Ever, nous avons dû mettre en place un plan d'attaque. C'en était fini de notre petite vie pépère, dont le train-train nous berçait depuis plusieurs mois déjà. Il fallait tout revoir. A commencer par notre maison.

Notre maison, ça faisait un moment qu'elle était sur la sellette. Depuis que l'idée d'y vivre avait germé dans notre esprit, en fait. Avant même qu'elle soit à nous, on songeait à en partir. Pourquoi ? Parce qu'elle revenait cher. Le loyer était raisonnable, mais la facture d'électricité, estimée à 100€, nous faisait peur. Déjà. Nous n'étions pas sûrs que nous pourrions payer. Déjà. Mais une fois nos calculs faits, ça allait, ça rentrait juste dans le budget. Alors on a tenté. C'était de toute façon notre meilleure option, et on était pressés par le temps. Si ça n'allait pas, eh bien, on déménagerait encore.

Le premier hiver a été rude. Les murs étaient très froids, la maison a mis un temps infini à se réchauffer. Mais quand enfin elle a trouvé sa température de croisière, nous avons pu mieux respirer. Par contre, détail inquiétant, des moisissures apparaissaient régulièrement ci et là, qu'il fallait sans cesse nettoyer. Nous avons nettoyé, et décidé de laisser sa chance à cette maison. On verrait combien nous coûterait l'hiver en électricité, et si c'était trop, on partirait avant le prochain.

Mais l'hiver ne nous a rien coûté, nous n'avons pas eu de régularisation, en dépit d'un premier relevé du compteur au printemps. Nous avons passé l'été ici, et c'était super. La véranda, l'accès (quoique limité) à l'extérieur, c'était un luxe inouï. Et en été, il n'y avait pratiquement pas de moisissures. Un rêve. Nous avons osé espérer faire notre vie ici, dans cette jolie maison, avec nos gentils voisins.

choupie-jardin

Choupie qui, cet automne, se baladait dans le petit chemin où on a un "droit de passage"...
(Oui, elle n'a qu'une main, ET ALORS ??)

Et puis l'hiver est revenu. Nous avons chauffé suffisamment tôt pour ne pas souffrir du froid glacial comme l'année précédente, mais rien n'a pu empêcher la réapparition des moisissures. Et sur des pans entiers de murs, cette fois-ci. Derrière tous nos meubles, bons à jeter (non, Ikea n'aime pas l'humidité, sachez-le).

Nous avons prévenu l'agence. Qui a envoyé un plombier chercher la source de l'humidité. Et l'a visiblement trouvée. Suite à quoi nous avons reçu la visite de notre propriétaire, qui a joué les aveugles, a prétendu ne pas voir les pans de mur rongés par la moisissure, a affirmé que le chauffage arrangerait le souci (quoi, ça fait deux mois qu'il est en route ?) et a conclu qu'il ne voulait pas payer 5000€ de travaux, qu'on verrait au printemps. De toute façon, nous n'avions pas d'enfant, n'est-ce pas ? (Non non, le salon rempli de jouets, la chaise haute, la baignoire en plastique et la deuxième chambre, c'est pour les chats !) (Peut-être était-il réellement aveugle ?)

Tout cela nous avait donc déjà considérablement refroidis (puisqu'on parle de chauffage). La facture d'électricité a été la goutte d'eau (puisqu'on parle d'humidité).

Nous aurons passé un an tout pile dans cette maison. Du moins, si notre demande de préavis réduit est acceptée. Quand j'ai téléphoné ce matin, on m'a dit que l'agent immobilier en charge de notre dossier n'était pas là. On m'a conseillé de lui écrire un mail. Papa-chat s'est esclaffé : "Les pauvres, ils ne savent pas que tu es bien plus redoutable à l'écrit !" N'empêche que toute redoutable que je suis, j'attends fébrilement la réponse. J'ai sorti tous les arguments massue en vrac : le risque sanitaire pour le bébé, le loyer qui risquait de ne plus être payé s'il fallait payer l'électricité, la nonchalance du propriétaire... Mais si ma demande est rejetée, je ne sais pas comment on va faire pour payer 230€ d'électricité mensuelle pendant trois mois.

Il va falloir à nouveau faire nos cartons. Moi qui déteste déménager. Le désordre que ça entraîne. Le grand ménage et les rénovations (merci les chats destructeurs de papier peint !!) qu'il faut faire.

A nouveau chercher un appartement. Prier pour que ce soit le bon, pour qu'il n'ait pas de vices cachés (j'ai l'impression qu'ils en ont tous ! en tout cas, c'est le troisième dans ce cas !), pour que le propriétaire soit cool et accepte, sans trop se faire prier, de résoudre nos problèmes si problèmes il y a. J'ai un peu perdu ma foi en l'immobilier. Après cinq déménagements depuis mes 18 ans, je suis très désabusée.

D'autant plus qu'on a des contraintes de taille :

  • Un budget réduit : correspondant plutôt au loyer d'un T2 que d'un T3.
  • Un besoin absolu de deux chambres : nous avons envisagé de dormir dans le salon, mais avec nos deux chats qui font le souk toute la nuit, ce serait juste invivable ! Et pour le sommeil enfin apaisé de Choupie, on ne peut pas se permettre de faire chambre commune. 
  • Une seule - toute petite - ville possible : pourquoi ? Parce que Choupie y a sa nounou, qu'elle est très bien et que nous ne voulons pas en changer (j'en profite pour dire à Franzoesin que je n'ai pas du tout oublié le Projet, que je manque juste de temps en cette fin d'année, mais que je m'y mets dès que possible !).

Autant vous dire qu'on n'est pas sortis de l'auberge ! Sans compter les dispositions qu'il nous faudra prendre à cause de l'Evénement. Vous savez, le troisième de samedi. Non, pas la chute de Chocapic, celui que j'ai passé sous silence (et continuerai à passer sous silence, car vraiment, ça ne regarde que nous).

Bref, ce début 2016 s'annonce sportif. Mais je le vis relativement bien. Vraiment. Non, je n'ai pas besoin de vacances. Peut-être que oui, le boulot m'aide à ne pas trop cogiter. Mais tant mieux alors ! Puisqu'il nous faut de toute façon en passer par là, puisque nous n'avons pas le choix, puisque l'ombre gagne, autant ne pas nous en rendre malades d'appréhension.

Et puis j'ai hâte de visiter des appartements ! Malgré les enjeux terribles, c'est vraiment la partie du processus de déménagement que je préfère !

En attendant, je vais finir ma semaine de travail et passer un excellent Noël (je dirais bien "d'excellentes fêtes de fin d'année", mais comme je reprendrai le travail le 28 et que nous ne ferons sans doute rien pour le Nouvel An, ce serait un peu trompeur, comme formulation !), avec ma famille, de bons repas et de beaux cadeaux !  Et je souhaite la même chose à tous ceux qui me lisent (puisque si vous me lisez, vous êtes forcément des gens bien, n'est-ce pas ?).

P.S : Dire que je m'étais jurée d'écrire un article court, pour compenser le précédent ! Je recommence : On déménage ! Joyeux Noël !