C'est pas mal, non, de faire une petite pause de temps en temps, vous ne trouvez pas ? C'est sympa, c'est reposant, on profite de la vie... Bien ou bien ?

Oui, bon, ok, je n'ai pas écrit la semaine dernière. Allez-y, lancez-moi des pierres. Mais vraiment, cette semaine-là, elle a été un peu dure. Comme le disait ma collègue mais néanmoins amie Claire, pour une semaine censée être reposante, cette première semaine de janvier, elle a été sacrément sportive. Sans compter le rhume que je traîne depuis plus d'une semaine et qui me fatigue pas mal (et Choupie aussi est malade, depuis deux semaines maintenant, ce qui ajoute évidemment au sentiment de désespoir microbien ambiant).

Alors oui, c'est vrai, le blog en a souffert. Ma cinquième roue du carosse. Ce petit plaisir facultatif qui ne me rapporte rien.

Depuis quelque temps (six mois à une vache près), j'expérimente une nouvelle sensation : celle d'être débordée. A ce point-là, je crois que ça ne m'était jamais arrivé.

C'est vrai, quand j'étais mère au foyer, je n'avais pas l'impression de glander. Pas du tout, même. Mais dans ces moments où j'étais en permanence occupée, où mes bras n'étaient jamais libres, où mes oreilles ne prenaient jamais de repos, je dois avouer qu'au fond de moi, je m'ennuyais beaucoup. J'étais sans arrêt sur mon smartphone, à guetter un signe de l'extérieur, quelque chose qui ferait de moi un peu autre chose qu'une mère.

Aujourd'hui, je le sais, c'est clair, c'est limpide : je veux travailler. Dans mon boulot actuel que j'aime du fond du coeur, ou dans autre chose, mais je veux faire quelque chose. Et je veux avoir ce luxe incroyable de confier mes enfants pour quelques heures à quelqu'un d'autre.

Ça, c'est quelque chose que j'ai eu beaucoup de mal à accepter, de ne pas être maman à temps plein. Ça me semblait lâche, cruel, presque inhumain. Mais nous sommes des êtres sociaux, nous les humains ! Nous vivons naturellement en clans, et ce qui serait anti-naturel, ce serait de vivre en ermite avec mon enfant.

Si ma famille était là, si mes amis étaient là, ce serait peut-être différent. Mais comme ce n'est pas le cas, eh bien, il y a Nounou, et Nounou est indispensable : elle fait voir à Choupie des gens différents, elle lui fait fréquenter d'autres enfants, elle l'emmène faire des activités, voir encore d'autres personnes et encore d'autres enfants au Relais. Et moi, je peux souffler un moment.

Un moment. Parce que la plupart du temps, j'ai plutôt l'impresion de tout faire en même temps. De tout être en même temps.

Mère : lever Choupie, lui donner son biberon, lui faire boire son médicament, l'emmener chez Nounou. La récupérer, faire une promenade, préparer le repas, la doucher, la mettre en pyjama, la coucher. Jouer avec elle, faire un tour avec elle, danser et chanter. M'assurer qu'elle ait tout ce qui lui faut, lui racheter de nouveaux habits quand elle grandit. Consoler, câliner, appeler le médecin si ça ne va pas

Epouse : raconter ma journée, évoquer les soucis. Me rendre disponible si une sortie est prévue, écouter les souhaits de mon mari, y répondre favorablement quand c'est possible. Regarder des séries, échanger des avis, faire l'amour quelquefois. Essayer de lui faire plaisir, de le faire rire, pour qu'il se souvienne de pourquoi il est avec moi.

Gestionnaire : avoir tout le temps dans ma tête une liste de choses à faire, vivre dans la crainte d'oublier un truc important. Surveiller les comptes, limiter les dépenses, être raisonnable. Tenir l'administratif à jour, envoyer des lettres en recommandé, passer des coups de téléphone. Organiser l'emploi du temps de la famille.

Bonne à tout faire : les courses, le repas, la vaisselle. Un peu de ménage régulièrement, de grosses corvées exceptionnement. Détacher les habits, lancer une machine, détendre la lessive, étendre la lessive, plier le linge et le mettre dans l'armoire. Ranger le bazar, les jouets, les papiers, les gadgets, ramasser la nourriture tombée par terre ou le vomi des chats.

Webmaster : alimenter et animer les réseaux sociaux. Répondre aux mails, aux MP. Programmer, relire, mettre en forme et publier les articles. Surveiller les commentaires, veiller à ce que tout le monde se sente bien "chez nous", prendre des décisions pas faciles pour que tout se passe au mieux. Participer à la vie de l'entreprise.

Blogueuse : rédiger des articles, prendre des photos, poster sur les réseaux sociaux, répondre aux commentaires. Allez voir les autres blogs, mettre des coeurs quand j'aime, commenter, revenir voir si j'ai eu une réponse. Découvrir de nouveaux blogs, m'y abonner, partager les articles qui me plaisent. Entrenir mon réseau, répondre aux marques (ok, c'est pas souvent qu'elles m'écrivent, et en plus, la plupart du temps, j'oublie de répondre), aller aux événements (bon, aux efluents, quoi).

Fille, soeur et amie : surveiller mes réseaux sociaux personnels, poster régulièrement pour montrer que je suis en vie, m'intéresser à la vie des autres. Recevoir des mails, des SMS, les lire, et y répondre. Prendre des nouvelles, décrocher le téléphone, envoyer des emails. Rendre visite aux gens et les recevoir chez moi de temps en temps. 

Je vois tout ça écrit noir sur blanc, et c'est juste ahurissant. Mais c'est un peu le lot de tout le monde, j'imagine. Tout le monde a une famille, un travail, des amis, des passions.

Bon, tout le monde n'a peut-être pas un loisir aussi envahissant et exigeant que le blog (je veux dire, lire des livres ou faire deux heures de gym par semaine, c'est ponctuel et sans engagement... le blog, c'est du H24 et le blogueur a un vrai engagement implicite de production de contenu).

Et tout le monde n'est pas incapable de mettre une frontière entre vie privée et vie professionnelle (mais vraiment, dans mon cas, c'est compliqué, parce que mon métier est presque un loisir - j'ai toujours blogué en amateur, là, je blogue en pro - et que les gens que je fréquente dans ce cadre sont presque des amis - voire carrément des amis pour certains).

J'envie parfois la vie normale des gens normaux. Mais je me doute bien que les vrais gens normaux n'existent pas, que mes voisins ne considèrent pas leur vie comme normale, et qu'ils sont souvent débordés aussi. C'est un travers très humain que d'essayer de rentabiliser son temps au maximum, quitte à finir noyé dans ses projets.

Et puis, c'est vrai, pour faire tout ça, je suis aidée. Bien aidée, même. Tout additionné, il est tout à fait possible que Papa-chat fasse plus de corvées et s'occupe plus de Choupie que moi (oui, j'ai honte, mais son travail est moins envahissant que le mien, il a moins d'interactions sociales au quotidien, il n'a pas un loisir très chronophage - juste moneophage - et je suis de toute façon celle qui organise tout). 

Enfin, beaucoup de ces choses me procurent du plaisir, je ne vais pas le nier (parce que sinon, de vraiment obligatoires, y'a juste le travail - et encore, pas dans la proportion actuelle - et les corvées). Mais ça me prend du temps, tout le temps, tout en même temps.

Il n'y a pas de coupure. Dans la même minute, ma fille peut pleurer parce qu'elle s'est fait mal, je peux avoir une urgence professionnelle et je peux recevoir un SMS de ma mère qui me demande si on vient manger dimanche. Je priorise, bien sûr, mais il faut quand même que tout soit réglé dans la journée, si ce n'est dans l'heure.

J'ai du mal à renoncer à quelque chose pour m'occuper d'autre chose. J'ai du mal à faire des choix. Sacrifier ma conscience professionnelle ? Ma famille ? Mes menus loisirs ? L'entretien de ma maison ? Mes amis ? Le fait que j'aie un sens du devoir exacerbé et que je me mette la pression pour tout et pour rien n'aide pas, bien sûr... Je passe mon temps (précieux) à culpabiliser de ne pas être Super Woman. 

Mais c'est aussi comme ça que j'aime ma vie. Quand elle va vite. Quand elle est pleine à craquer. Quand le soir je me couche en me félicitant d'avoir pu faire tout ça. Même si rôdent encore dans ma tête les fantômes de tout ce que je n'ai pas réussi à faire.

Shiva

(Source)

(Quoi ? Ça change un peu des photos de Choupie : une petite touche d'originalité orientale, ça ne fait pas de mal !)

Au fait, on a trouvé un nouvel appartement ! A deux rues (deux vraies rues, hein, ce n'est pas une expression) de l'actuel. Mais comme on ne voulait pas quitter notre ville, et ne pas quitter le centre-ville (constitué de trois rues - là, j'avoue, je dois exagérer : on peut peut-être en compter cinq), ce n'est pas tellement étonnant. L'appartement est génial, un vrai coup de coeur. J'espère seulement que le bruit du centre centre (on est au coeur des commerces) ne nous gênera pas, et que le chauffage au gaz ne nous ruinera pas trop. Mais quand tu as trois semaines pour trouver un appartement, tu acceptes de faire des compromis. Bref, je m'égare du sujet initial, là.

Très tardivement, chers lecteurs, je vous souhaite à tous une bonne année ! J'ai plein d'idées d'articles pour 2016 (bon, au moins trois). Reste à trouver le temps pour les écrire...