En 2016, je vous disais avoir franchi un cap linguistique : le bébé dans mon ventre n'était plus un "il" unisexe (c'est moche mais c'est comme ça, le masculin l'emporte, j'aime trop la grammaire pour m'affranchir de cette règle), mais un "elle" sans aucune ambiguïté.

En 2017 (au passage, bonne année, bonne santé, beaux bébés, bonheur et prospérité, hein !), je crois avoir franchi un nouveau cap : je ne parle plus de ma fille, je parle de mes filles.

Tout a commencé le 1er janvier précisément (en réalité, c'était peut-être le 31 décembre - mes souvenirs de ce week-end sont flous, certainement un abus de champomy - mais ça m'arrange narrativement de dire que c'était le 1er). Je parlais blog avec une amie (ben oui, faute d'écrire dessus, j'en parle : c'est mieux que rien, n'est-ce pas ?) et je lui disais ceci : "Je vais peut-être me lancer dans un blog politique, j'en ai un peu marre d'écrire sur mes enfants."

On reviendra sur le fond de cette phrase plus tard (ou pas), si vous le voulez bien. En attendant, je vous demande de réfréner l'effet émotionnel de cette annonce pour vous concentrer sur la forme. Car c'est bien la forme qui a laissé mon amie pantoise (il faut croire que mon amie n'est pas sentimentalement attachée à mon blog, snif). "Mes enfants".

Oui, j'ai deux enfants. Il y a la grande, qui se balade à l'air libre, sautant comme un cabri sur ses deux jambes fuselées (enfin là, elle est au lit, hein !). Et il y a la toute petite, qui nage dans mon utérus tout confort en me gratifiant régulièrement (en ce moment même d'ailleurs : cette enfant-là ne dort JAMAIS !) de petits coups de petit pied dans le bide.

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Le doudou de Choupie à gauche et le "doudou p'tit frère" (oui on lui a dit quinze fois que c'était une petite soeur, mais c'est toujours "p'tit frère" qui vient en premier...) à droite, offerts tous les deux par ma mère pendant mes grossesses.

Est-ce que je crois que parce que j'ai passé avec succès l'échographie du cinquième mois, ça veut dire que je vais avoir mon bébé tout chaud pour Pâques et que tout est gagné ? Absolument pas. Je crois n'avoir plus aucune naïveté à ce sujet. Les histoires horribles, je les ai toutes entendues.

Les IMG tardives, les accouchements prématurés auxquels les bébés ne survivent pas, ou avec de graves séquelles, les morts foetales juste avant le terme, les morts foetales juste après le terme, les bébés qui naissent (lourdement) handicapés alors que rien ne le laissait supposer, les morts subites du nourrisson quelques semaines après la naissance...

Et ces histoires, je ne les ai pas lues sur d'obscurs forums aux commentateurs lointains, c'est arrivé à des personnes que je connais, à des blogueuses que je suis, aux rédactrices des sites dont je m'occupe... Je ne peux pas faire comme si ça n'existait pas ou si peu, comme si la probabilité était nulle...

(Et franchement, parfois je m'épate moi-même - eh oui ! - de rester si calme par rapport à tout ça. Je trouve extraordinaire ce processus de protection psychologique qui nous permet de ne pas paniquer en permanence à l'idée de tout ce qui pourrait arriver. Cette espèce d'optimisme désabusé qui permet de prétendre au quotidien que tout va bien se passer.)

Bref, je suis over-consciente de cette réalité. Mais dans tous les cas, à ce stade-là de la grossesse (5 mois et demi déjà, pour ceux qui ne suivent pas, je vous vois discuter dans le fond !), j'accoucherai, j'aurai ma fille dans les bras, elle portera son prénom (celui qu'on a choisi pour elle depuis plusieurs mois, pas un prénom spécial bébé mort ou mourant ou handicapé) et elle sera dans notre livret de famille. Dans tous les cas, au terme de cette grossesse, je serai deux fois maman.

Alors non, je ne vois pas quel risque je prends à dire que j'ai deux enfants. J'ai deux filles, la grande et la petite, et même si pour l'instant, je ne les aime pas autant l'une que l'autre (j'attends de voir la tête de la seconde avant de me prononcer, ha ha) (c'est une blague, ne fuyez pas), elles ont toutes les deux une grande place dans mon coeur. Et ce sera toujours le cas. Quoi qu'il arrive.

Sur cette note positive (oui bon, je sais que ce billet n'est pas le plus joyeux qui soit, mais ça me semblait important) (youhou, haut les coeurs !), je vous dis à bientôt pour des billets plus rigolos (ou pas) (je ne peux rien promettre) !