Je suis comme ça, je déteste l'immobilisme. Ça explique sans doute mon parcours universitaire chaotique (médecine, lettres, professorat des écoles, métiers du livre...) et mon parcours professionnel hétéroclite (libraire, animatrice, webmaster...). Ça explique aussi sans doute que sitôt l'aventure des études terminée, j'aie décidé de me lancer dans complètement autre chose, à savoir la maternité.

C'est vrai, je suis impulsive, j'ai un côté tête brûlée. L'inconnu ne me fait pas peur. Ou plutôt l'inconnu me fait peur, mais j'y vais quand même. J'ai toujours pensé que c'était parce que j'étais l'aînée. Quand on est l'aînée, on est obligée de se déplacer dans le noir, personne n'a jamais rien fait avant vous. On a peur, certes, mais on ne peut pas rester sur cette peur, il faut bien avancer. Je suis sans doute particulièrement peureuse, mais dans un sens, je crois que mon côté peureuse me sert : puisque j'ai peur de tout, et que tout me demande des efforts (ne serait-ce qu'aller chercher une baguette à la boulangerie m'est compliqué), alors je peux faire n'importe quoi (même partir vivre trois mois en Belgique flamande sans connaître un mot de néerlandais).

De plus, je n'ai pas une nature à me résigner. Là encore, ça explique sûrement mes virages à 180° : rester dans une voie qui ne me convient pas tout à fait, très peu pour moi. Je n'aime pas les concessions. Je trouvais l'ambiance des études médicales détestable, alors j'ai laissé tomber. Je ne me voyais pas me soumettre à la rigidité (et aux aberrations) de l'Education Nationale, alors je suis partie. Ne vous y trompez pas, je sais que c'est un défaut, de ne pas savoir se contraindre, que je ne suis pas assez dans l'anticipation, que je ne vois pas le grand tableau (ouais je suis trop bilingue, moi) (sans blague j'ai passé dix minutes à chercher l'expression sur Google avant de me rendre compte que c'était une traduction de mon esprit), mais c'est ainsi : j'ai l'impression que la vie est trop courte pour ne pas en profiter à fond.

Ah, et puis j'ai un peu le syndrome Emma Bovary : je veux que ma vie fasse rêver, qu'on se dise en entendant mon métier : "j'aimerais trop faire le même" (ça c'est plutôt le cas, j'ai un chouette métier !), en apprenant mon lieu de résidence : "j'aimerais trop habiter là-bas" (hum ça pas tellement), en voyant mes enfants : "j'aimerais trop avoir d'adorables petites filles comme ça" (ça je sais pas, ça se fait pas trop de dire aux gens que leurs gosses sont affreux, alors il se peut qu'on me mente !). Et surtout, je suis fermement convaincue que rien de tout cela n'est impossible !

Puisque ma vie a encore de nombreux points d'imperfections et ne me satisfait pas autant qu'elle pourrait me satisfaire, je considère qu'il est de mon devoir de l'améliorer. Je ne comprends pas par exemple les gens qui habitent toute leur vie dans une région où il fait froid et moche (genre la Côte d'Or) (je pense ne vexer personne : si j'ai des lecteurs dijonnais, qu'ils se dénoncent !). OK, ils y ont leur travail, leur famille peut-être... Mais du travail il y en a partout, et leur famille... Déjà pourquoi diable leur famille a-t-elle décidé de s'implanter dans un endroit où il fait froid et moche ? Aucune loi n'interdit de déménager, si ? 

Sans être très ambitieuse ni spécialement portée sur le luxe, je me dis aussi qu'étant heureux propriétaires de diplômes de l'enseignement supérieur, plutôt débrouillards et pas fainéants, ce serait quand même bien qu'on améliore notre niveau de vie. C'est sympa la vie d'étudiants faite de récup, de système D et d'économies de bouts de chandelle, mais ça fait dix ans que ça dure, ce serait bien de passer à autre chose et d'avoir enfin de la vaisselle assortie. Que Papa-chat se trouve un job mieux payé et que moi je fasse plus d'heures, parce que le mi-temps c'est bien, mais ça ne fait bouillir qu'à moitié la marmite.

2017-06-08_0007

Bref, des envies, j'en ai plein. De la plus rationnelle à la plus extravagante. Mais depuis que je suis mère, et d'autant plus depuis que je suis mère fois deux, je constate quelque chose d'un peu vexant et frustrant : je ne peux plus faire ce que je veux. J'ai fait des enfants parce que cela correspondait à ma vision d'une vie idéale. De l'amour, des rires et de beaux visages poupons. Je veux aussi les élever au mieux dans un but purement altruiste (non je ne suis pas qu'une esthète dépourvue de coeur) : je veux qu'ils soient heureux et bien dans leur peau.

Jusqu'à très récemment, j'envisageais encore de tout combiner : les enfants, les changements de cap, de vie, de lieu, de lieu de vie... Trouver une activité complémentaire était un projet, demander une mutation de Papa-chat pour nous rapprocher de ma famille et de mes amis sudistes (sudistes de Lyon, hein) et avoir une petite maison avec un bout de jardin aussi... A côté de rêves plus ambitieux encore : ouvrir une librairie, vivre au soleil, habiter notre grande maison de famille en Ardèche, entrer en politique, devenir vegan et décroissante (plus bobo tu meurs, mais j'assume).

Cependant, pour le coup, je ne pense pas que le bonheur ou la santé mentale de mes enfants dépendent du taux d'ensoleillement ou de la présence d'un jardin. Mais plutôt, concrètement, d'une certaine stabilité affective (ne pas les changer vingt fois de nounou ou d'école), d'un espace de vie adapté (un studio en bord de mer avec deux enfants, bof) et de la présence et l'implication de leurs parents (si on travaille tous les deux à temps plein loin de la maison, forcément ça limite). Évidemment le mieux serait d'avoir tout ça, mais je suis optimiste, pas magicienne. 

Certaines personnes arrivent à cumuler enfant et grands projets : reprendre des études avec un bambin encore en couche (allez faire un tour sur le blog de Lorette), faire des cartons avec un nourrisson en écharpe, changer de vie et emmener son tout-petit avec soi (... et sur celui de Céline). Mais ça demanderait des concessions, et je vous ai dit que les concessions, c'était pas mon truc, quitte à louper des opportunités.

Je voudrais déménager, mais je ne veux pas séparer Choupie de ses (futurs) copains de classe ou Kitty de sa (future) nounou. Je voudrais un cadre de vie plus riant, mais je ne suis pas prête à perdre des mètres carré dans l'histoire. Je voudrais travailler plus pour gagner plus (comme dirait ce cher Nicolas), mais je ne veux pas que Choupie soit au périscolaire du matin au soir, ni que Kitty voie plus sa nounou que moi (je ne veux pas l'en séparer, mais pas non plus qu'elle occupe trop de place dans nos vies !). Et comme de toute façon les enfants passent en premier, j'ai l'impression que, d'un point de vue personnel et égoïste, je suis en train de rater ma vie. Pour être honnête, parfois, ça me rend folle d'impuissance.

C'est dans ces moments que ça fait du bien de lire des blogs comme ceux de Maman Délire ou Picou Bulle (notamment cet article ou celui-ci). Des mamans qui nous montrent qu'il y a une vie après la petite enfance, faite d'opportunités qu'il n'y a qu'à saisir. Des mamans sorties des couches qui passent à autre chose, prennent un nouveau tournant de leur vie. Des mamans pas périmées (si si, je vous jure) qui ont pris le temps d'élever leurs bébés et ne restent pas pour autant à pourrir dans leur canapé à regarder passer la vie des autres ("Elle vit sa vie par procuratiooon..." pardon). Des mamans qui ont toujours la leur devant elles (promis elles ne m'ont pas rémunéré pour écrire cet article !).

Et puis finalement, je me dis que notre situation financière n'est pas si catastrophique (la preuve : dix ans que nous sommes sur le fil, et nous n'avons toujours pas les huissiers à la porte), que ma dépression saisonnière n'est pas si terrible, que l'endroit où nous vivons n'est pas si moche. Et que finalement ce n'est pas si grave si nous restons ainsi quelques années encore, le temps de voir grandir nos filles, en stand-by.