Comme vous le savez si vous êtes un habitué (si vous n'êtes pas un habitué, ne vous en faites pas, ça peut s'arranger), j'ai déménagé. De Dijon pour un petit bourg à proximité, que je ne nommerai pas parce qu'à ce rythme-là, la semaine prochaine je vous donne mon numéro de téléphone et mon code de carte bleue. Tout ce que je peux dire, c'est que cet endroit compte un peu plus de 4000 habitants, ce qui en fait une mini-ville. Nous sommes donc passés de la vie urbaine à la vie rurale sans étape intermédiaire.

Rassurez-vous, ce n'est pas la première fois que nous vivons à la campagne. Papa-chat vient d'une mini-ville d'un peu plus de 2000 habitants et je viens d'une mini-ville d'un peu moins de 5000 habitants. Nous avons donc une expérience certaine de la vie "proche tous commerces" où "tous commerces" est limité à une pharmacie, une superette, un bar-tabac et une boutique de vêtements pour dames.

Alors, c'est vrai, nous avons pris plaisir à jouer les citadins durant nos études. Quand nous rentrions chez nos parents, nous nous esclaffions parce que rien n'était ouvert le lundi, que durant le reste de la semaine les commerces fermaient à 18h pétantes et que le samedi après-midi, agitation ultime, trois pequenauds et un glandu arpentaient la rue principale. Et de nous exclamer joyeusement : "Quel trou !"

Oui mais voilà, à présent nous sommes les parents. Et nous nous sommes interrogés sur ce que nous souhaitions réellement pour notre enfant. La folle aventure de nos années de jeunes adultes ou la doce vita de notre propre enfance ? Pour nous, qui ne sommes pas des citadins dans l'âme, la réponse était toute trouvée. Nous voulions le confort sans l'agitation, nous voulions la simplicité et l'accessibilité, nous voulions une mini-ville.

Autour de nous, beaucoup n'ont pas compris pourquoi nous quittions la Ville (et tous les fantasmes de vie trépidante qu'elle véhicule, entre Sex and the City et Hollywood Girls) pour aller nous installer dans un bled. C'est pourtant simple : en l'état actuel des choses, la ville ne nous apportait plus rien. Nos amis en sont partis pour rejoindre soit des villes plus grosses encore où l'emploi est plus riant, soit des villes plus petites où ils ont des attaches : nous n'avions donc aucun prétexte humain pour rester. Papa-chat a son travail et moi j'ai Choupie-chat : dans un cas comme dans l'autre, nos journées lambda ne nécessitent pas de fréquenter un gros centre-ville ou des centres commerciaux (certes, Papa-chat passe la journée dans un centre commercial, mais c'est parce qu'il y travaille). Enfin, avec notre fille dans les pattes, quel temps avions-nous encore pour les sorties culturelles ? Très honnêtement, aucun.

Il est vrai que nous aurions pu rester pour éviter à notre fille le risque de sombrer dans l'ennui, la drogue et la dépression. Mais quel avantage réel à habiter dans une grosse ville pour un enfant ? L'enfant ne va pas (théoriquement) boire des shots dans un bar branché le jeudi soir après les cours. L'enfant (normalement constitué) n'éprouve nul besoin de se déguiser en prostituée chez Jennyfer ou Pimkie. L'enfant ne va jamais plus d'une ou deux fois par an au cinéma, pour le nouveau Disney et éventuellement pour ce petit film d'animation français dont on nous a dit le plus grand bien (l'avant-première du dernier Aronofsky, il s'en balance comme de sa première tototte). L'enfant trouve dans la mini-ville tout ce qui peut faire son bonheur : des copains de classe tout aussi bouseux ruraux que lui, des boulangeries pour aller acheter le pain tout seul, des pizzerias chaleureuses où manger avec sa famille quand il a eu de bonnes notes à l'école.

Tout cela changera quand il aura 15 ans. Mais quand notre fille aînée aura 15 ans, ce sera, eh bien, dans quinze ans (enfin, dans quatorze ans et deux mois). D'ici-là, l'Ignon a tout le temps de couler sous le Grand pont.

campagne

Alors attendez, moi je vous raconte tout ça mais il n'est pas dit que dans six mois, nous ne soyions pas de retour en ville. Je parle ici d'un idéal, mais la réalité économique n'est pas à négliger. Bien sûr, à la campagne, les loyers sont plus bas, les parkings sont gratuits et les loisirs sont assez rares pour ne pas y passer son salaire. Mais d'un autre côté, le travail se trouve (principalement) en ville, les frais d'essence sont démultipliés et l'argent ne tombe toujours pas du ciel (même dans les petites villes, quand il pleut, c'est de l'eau et ça mouille, je vous jure).

En attendant, on profite de notre choix, de notre grand appart, des jolies bâtisses en pierres qui nous entourent et des gens qui nous disent bonjour dans la rue.