Quand on est parents, vous le savez, on classe instinctivement les enfants en deux catégories : les faciles, et les difficiles. Non, c'est pas joli joli, de mettre comme ça dans une petite case. Mais que celle (ou celui) qui n'a jamais pensé de son enfant ou d'un autre : "C'est un enfant facile/difficile" me jette la première pierre. Car moi, oui, j'ai déjà pensé comme ça. Plein de fois, même que.

J'ai déjà pensé plein de fois que Choupie était une enfant difficile. J'ai déjà demandé plusieurs fois au bon dieu ce que j'avais bien pu lui faire pour mériter ça : l'enfant qui ne dort pas, l'enfant qui pleure sans cesse, l'enfant imposable, l'enfant sauvage, l'enfant grognon, et j'en passe. Je ne l'en aime pas moins pour autant, attention ! Et pour être honnête, quand je parle au bon dieu, c'est plus pour le remercier de m'avoir donné cette petite fille que pour m'en plaindre (on ne sait jamais, qu'il décide de me la reprendre, j'évite de badiner avec dieu, quoi). 

Mais tout de même, Choupie, c'est l'enfant de la blogosphère qui porte sans doute le moins bien son surnom. Choupie, elle l'est, d'apparence. Mais niveau caractère, ce serait plus Calamity-chat que Choupie-chat. Alors non non, je ne l'ai pas nommée ainsi ironiquement ! A vrai dire, c'était déjà un surnom que je lui donnais quand elle était foetus. En cette période maudite où elle m'en faisait déjà bien baver, mais où j'avais la naïveté de croire que la faute revenait à mon corps (du coup, je lui disais : "Désolée Chérie, Maman vient de retapisser les WC avec son assiette de pâtes à la tomate, ça a dû un peu secouer..." ha ha, elle devait bien se marrer, la Choupie !).

Mais ça, c'était avant. 

Comme vous le savez, nous déménageons. Nous déménagions ces derniers jours, en fait. Lundi, nous emménagions, et le weed-end précédent, nous déménagions.

Un week-end particulièrement intense, surtout pour moi qui jusque là, travail oblige, avais plutôt donné des ordres à un Papa-chat en vacances (il paraît que je ressemblais à un manager de Carrefour, avec mes : "Allez, aujourd'hui, on tabasse on tabasse, on perd pas de temps !") que vraiment participé à la mise en carton et à la rénovation (bon, j'en ai quand même fait un peu, mais vraiment, je hais tellement les déménagements que je ne suis pas loin du blocage psychologique).

Un samedi consacré au transport des sacs, cartons et autres, durant lequel trois personnes sont venues nous aider (oui, bon, on n'a pas beaucoup d'amis - voire pas du tout : c'étaient les parents de Papa-chat et une de ses collègues) et une bonne dizaine d'aller-retour ont été faits (nous déménagions à 500 mètres, nous nous sommes donc passés de camionnette : notre Twingo a fait la blague... et une dizaine d'aller-retour, donc).

Un dimanche consacré au ménage, particulièrement désagréable, donc, où Maman (c'est moi) ne faisait que de râler, les muscles ankylosés à force de frotter et les mains brûlées par la javel (je vous jure, ça cicatrise tout juste), et où Papa exécutait (encore) les ordres de Maman et frottait aussi, en rêvant probablement d'un monde parallèle où il n'aurait pas épousé une ménagère.

Au milieu de ça, Choupie. Choupie que nous ne faisons presque jamais garder (hormis par sa nounou), faute de personne de confiance vivant à proximité de chez nous. Choupie qui a donc passé deux jours plus ou moins livrée à elle-même, à regarder les gens s'activer et lui répéter qu'ils n'avaient pas le temps. Choupie qui n'a que 21 mois.

choupie-demenagement

Je me souviens très bien du dernier déménagement. C'était il y a un an tout juste (un an plus une semaine, pour être complètement précise). Choupie avait donc 21 mois moins un an (faites le calcul), et j'étais restée presque inactive et complètement impuissante, à regarder les autres faire (pour ce déménagement-là, quatre personnes - ! - étaient venues nous aider) sans pouvoir faire grand-chose de mon côté, assignée à la garde de Choupie que j'étais. Choupie, à cette époque, se déplaçait déjà pas mal, enchaînait bêtise sur bêtise et crise sur crise. Je n'avais presque pas participé au déménagement, presque pas participé à la rénovation de l'appartement (griffé par les chats) et presque pas participé au ménage. Et nous avions perdu notre caution (et 500€ supplémentaires, histoire d'en remettre une couche - de peinture, ou de papier peint... enfin, de quelque chose de visiblement très coûteux).

Cette année, je me suis juré qu'on ne la perdrait pas, cette caution. Et pour cela, j'étais prête à donner de ma personne, déménageophobie ou non. Alors j'ai orchestré de main de maître tout ce que je ne pouvais pas faire moi-même (aka j'ai joué au manager de Carrefour pendant mes heures de travail), et je me suis donnée à fond pendant le week-end. J'étais toujours assignée à la garde de Choupie durant le déménagement, mais je n'ai pas arrêté une minute de transporter d'un pièce à l'autre, de réemballer, de diriger (encore, c'est une passion). Et le ménage du lendemain, j'en ai fait une très grande partie. J'ai eu les mains dans la flotte de 10h à 23h presque non-stop.

Et Choupie ? Choupie, on ne l'a quasi pas entendue. Parfois elle râlait un peu. Mais avec un câlin ou un "J'ai pas le temps, Choupie, c'est pas le moment !" (selon l'humeur), ça passait. Elle a joué avec ses quelques jouets restants dans sa maison quasi vide. Elle a fait quelques bêtises, aussi, mais rien de très grave. Elle a été agréable et joyeuse avec les gens, câline et compréhensive avec nous. Pendant deux jours où nous n'étions absolument pas là pour elle, Choupie, 21 mois, a vécu sa vie, tranquillement, (presque) sans se plaindre. Un bébé modèle, que tout le monde rêverait d'avoir.

Et c'est souvent, en fait, qu'on nous complimente sur le comportement de Choupie (genre c'est grâce à nous, c'te blague). Nous pouvons l'emmener partout (et nous le faisons, puisque nous n'avons personne pour la garder, comme je le disais), chez le banquier, le psy, l'opticien, jamais elle ne nous mène la vie dure, même quand on attend pas loin d'une demi-heure et qu'elle n'a aucun jouet. Au pire, elle prend mon sac et elle le vide. Bon, ça se range. Mais il est très rare qu'on doive interrompre un rendez-vous à cause d'elle. Généralement, elle se fait parfaitement oublier, et à la fin on nous dit : "Ben dites donc, elle a été sage, la petite !" (dans le même ordre d'idée, j'ai été sidérée quand la nounou m'a dit : "Elle, ici, elle fait partie des calmes." hein que quoi, ah bon ?)

Alors des fois, oui, c'est vrai, je me demande si je n'abuse pas un peu, à me plaindre de mon enfant difficile. Cette enfant difficile qu'on trimballe partout et qui ne moufte (presque) jamais. Cette enfant difficile qui peut jouer seule pendant des heures et qui se contente d'un câlin quand elle se sent un peu triste. Cette enfant difficile que (finalement) beaucoup nous envient.