Oui, voilà. Quand je regarde ma vie, j'ai la désagréable impression de ne jamais trouver du temps rien qu'à nous.

Non, pas "nous" Papa-chat et moi. C'est peut-être de la naïveté ou de l'inconscience, mais je n'ai pas l'impression que notre couple ait souffert tant que ça de l'arrivée de notre fille. Nous regardons des films, des séries tous les deux, nous avons des discussions tous les deux, nous abordons des sujets pratiques, philosophiques, d'avenir, nous avons toujours une vie intime tous les deux (oui, chacun de son côté, ce serait problématique !).

La personne à laquelle j'ai l'impression de ne pas consacrer assez de temps, c'est Choupie-chat. Alors, c'est vrai, nous vivons ensemble. Mais finalement pas tant que ça.

Choupie va encore chez sa nounou dix-huit heures par semaine. Oui, ça passe très très vite, mais quatre heures trente par jour, mine de, ça fait déjà un tiers de journée ! 

Et puis moi, je suis encore animatrice pour quelques jours. Comme visiblement, ils avaient mal compté au départ, je fais chaque jour cinquante minutes de plus que prévu (ça ne me dérange pas, hein, ça remplume mon compte en banque !). Et comme la demoiselle que je remplace n'est pas encore remise de sa maladie, je vais faire au moins un jour supplémentaire, sûrement plus. Quatre heures vingt par semaine, pendant au moins trois semaines. Plus les trajets en voiture. Et le temps de préparation des activités (le plus dur étant d'en trouver, puisqu'il y a déjà quelqu'un qui s'est auto-délégué aux jeux en extérieur, et quelqu'un qui s'est auto-délégué aux travaux manuels... et comme les enfants choisissent ce qu'ils veulent faire parmi ce que proposent les animateurs, si ton idée est trop pourrie, tu es bonne pour te prendre un vent monumental...).

Enfin et surtout, je travaille chez moi ! Et ça me prend énormément de temps ! Il y a le travail éditorial pur, tout ce qui est correction, remaniement, mise en forme et mise en ligne, il y a mes temps de formation et il y a les à côté : les questions que tu poses, les réflexions que tu partages, ta participation à la vie de l'entreprise et à la vie des blogs. Et au final, même si ce n'est qu'un mi-temps (et en effet, si on parle de travail effectif, il n'y a pas besoin de plus), tu y passes une très grande partie de la journée (sans même t'en rendre compte, parce que quand même, c'est super cool ce que tu fais !). Durant laquelle je suis là, sans être pour autant disponible. 

Mais il serait hypocrite de tout mettre sur le dos de mon travail. C'était pareil quand je ne travaillais pas. Parce que des fois, même quand je suis censée être là, je ne suis pas là (mais t'es oooooù ?).

Il y a internet, déjà. Internet, ce n'est pas inné pour moi, je ne suis pas née avec les ordinateurs. Ils sont entrés dans mon foyer quand j'étais enfant. Voilà, internet, c'est ma petite soeur. Une petite soeur qui a grandi, grandi, et est devenue toujours plus chronophage. Tout en gardant ce petit côté magique, mystique et fascinant. Mon ordi est portable, mon smartphone greffé à ma main... où que je sois, internet est toujours là. Je ne suis pas hyper connectée, mais je le suis suffisamment pour être déconnectée de mon quotidien durant des heures.

Et quand je ne suis pas accaparée par le monde magique d'internet et ses mille portes ouvertes sur l'infini et l'au-delà, je suis rattrapée par le quotidien. Le triste et morne quotidien. Lessive, vaisselle, ménage, cuisine, courses... Papiers, formulaires, chèques et contrats...

Où je la case, Choupie, là-dedans ? Entre les deux boulots, les notifications de mon téléphone et les corvées qui n'en finissent jamais ? Ben nulle part, ou presque. Ses repas et son bain sont intégrés à la liste des tâches quotidiennes obligatoires, auxquelles je me soumets de mauvaise grâce. Souvent on fait aussi une promenade, pour prendre l'air. Elle est heureuse, ses parents sont à côté, et elle peut courir à sa guise. Mais à la maison, les parents ont toujours autre chose de prévu. 

Ça fait bien longtemps que je ne me réserve plus du temps pour jouer. Même mes moments de divertissement ont un but précis : me détendre et me vider l'esprit, pour servir mon efficacité future. Je me sens coupable de m'arrêter pour le plaisir. Même si c'est celui de ma fille.

Souvent elle pioune, elle pleure, elle nous gêne. On lui dit : "Va jouer, regarde, tu as plein de jouets !" Ça ne remplace pas notre présence. Mais pour nous, c'est normal : il y a juste tellement à gérer, et ce bébé qui n'est jamais content et qui veut tout le temps que quelqu'un soit avec lui, avec lui uniquement !

C'est quand je prends, enfin, un peu par hasard, au détour d'autre chose, durant un instant où je ne peux qu'attendre, du temps pour elle, que je joue avec elle, que je l'écoute baragouiner et que je la vois rire de si bon coeur, pleinement heureuse, que je réalise le peu de temps que je lui consacre. J'ai fait un enfant pour pouvoir m'en occuper. J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour qu'elle soit le moins gardée possible, qu'elle profite au maximum de ses parents. Tout ça pour qu'au final, j'aie toujours mieux à faire.

Est-ce elle qui est un mauvais bébé, à pleurer et à crier tout le temps quand je suis occupée, incapable de jouer seule sans déranger les adultes ? Ou est-ce moi qui suis une mauvaise mère à refuser si souvent de donner un peu de mon temps aux jeux dérisoires qui font le bonheur ô combien crucial de mon bébé ?

Il faut que j'arrive à m'arrêter. De m'agiter comme de glander. Que je repousse les tâches en retard autant que les distractions à pas cher. Pour profiter plus de ma fille. Afin de ne pas me demander plus tard comment j'ai fait pour ne pas la voir grandir, alors qu'elle était à coté de moi tout ce temps.

En attendant, des photos de promenade à trois. A deux pas de chez nous, un sacré bol d'air, et un vrai bon moment en famille ! (ouais, des fois je me dis que moi qui aime tellement les arbres et les rivières -appelez-moi Pocahontas-, j'habite exactement là où je dois habiter)

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