17 mois. Ce n'est pas l'âge de ma fille, qui en a 15 (nan mais suivez, un peu, les gars !). C'est le temps que nous avons passé à l'attendre : 8 mois d'essais (oui, ça a été long : après coup, on se dit que d'autres couples attendent bien plus, mais sur le moment, ça paraît interminable !) et 9 mois de grossesse (ces 9 mois-là sont les mêmes pour tout le monde, mais dieu qu'ils paraissent longs aussi !). 17 mois pour rencontrer notre fille. Le plus beau des bébés, en toute objectivité.

11 mois. C'est la durée pendant laquelle nous l'avons gardée pour nous, rien que pour nous. Soit avec l'un, soit avec l'autre, mais jamais plus d'une heure dans d'autres bras. Puis j'ai repris le travail, et elle a fait connaissance avec sa nounou, actuellement en vacances. Il faut avouer que nous sommes rapidement devenus addicts à la nounou ! Nous sommes donc officiellement en deuil pendant ce mois qu'elle passe à l'étranger (en plus, on a perdu son RIB, on n'a aucun moyen de la payer, aucun moyen de la joindre, aucun moyen de joindre les autres parents qui pourraient nous photocopier ledit RIB... bref, cette histoire risque de mettre un froid dans nos relations quand on va la retrouver...).

Et finalement 15 mois. C'est l'âge auquel on l'a laissée pour la première fois plus de huit heures avec quelqu'un d'autre. Cinquante heures, au total, avec ma mère et ma petite soeur. Elles sont venues chez nous, ont pris notre siège-auto, ont mis le siège-auto dans leur voiture, et sont parties direction la Saône-et-Loire, avec notre fille sous le bras (enfin, dans le siège-auto). Et nous sommes restés seuls. Enfin, je suis restée seule, puisque Papa-chat était au travail à ce moment-là. 

Oui, nous avons beaucoup couvé notre fille. Peut-être parce que nous l'avons beaucoup attendue ? 17 mois concrètement, mais tant d'années en réalité. Je n'étais pas prête à la laisser partir tout de suite. La première fois que ma mère m'a demandé : "Tu serais d'accord pour me la laisser un week-end ?", elle devait avoir 1 mois. J'ai répondu non. 

Mais nous avons bien fait de faire les choses progressivement. Pas pour elle (à quel âge un bébé peut être séparé de ses parents pendant plusieurs jours sans trop en souffrir, c'est une autre débat), mais pour nous. Je n'ai jamais pleuré en laissant ma fille à quelqu'un d'autre. Pas une fois. 

La première fois que je l'ai laissée une nuit à son papa, elle avait 8 mois. Malgré mes inquiétudes, j'ai passé une bonne soirée (avec mes copines). C'était le bon moment pour faire une pause. J'étais psychologiquement prête à la laisser. Cela faisait des mois qu'on me disait que ce n'était pas sain de m'accrocher à ma fille comme ça, que je devrais prendre du temps pour moi... Mais si ç'avait été à contre-coeur, franchement, est-ce que ça en aurait valu le coup ?

La première fois que j'ai passé une journée loin d'elle, parce que je travaillais, je n'ai pas pleuré non plus. Elle avait presque 1 an. C'était le bon moment. Avant, toutes les fois où j'avais envisagé de retravailler (vers ses 2 mois et vers ses 6 mois), j'avais éclaté en sanglots. Bien sûr que d'autres mères le font, mais pour moi, avant, c'était trop dur. Alors tant que j'ai pu me payer le luxe de ne pas retravailler, je n'ai pas retravaillé.

Et cette première fois où, à 15 mois, je l'ai laissée partir, tout s'est bien passé. C'était le bon moment. Pour tout le monde. Pour moi, pour elle. Non, à 1 mois, je n'aurais pas pu la confier deux jours à ma mère. Et sûrement pas à 6 mois non plus, et probablement pas à 1 an tout pile. Il me fallait 15 mois, et j'ai bien fait de les prendre.

Je ne crois pas qu'il faille séparer au plus vite les enfants de leur mère, sitôt le cordon coupé. Certains le font, et c'est très bien pour eux. Comme je le disais, le débat de l'âge idéal pour commencer à confier son enfant est un débat sans fin, chacun a son avis, je ne veux pas m'engager là-dedans. Et réciproquement, je ne veux pas être jugée parce que j'ai voulu garder ma fille auprès de moi aussi longtemps que j'en ai ressenti le besoin. Je crois au Bon Moment (si vous ne l'avez pas encore compris). 

Une femme qui garde jalousement son nourrisson de 3 mois pour elle (et le papa) n'est pas une folle. Ça ne veut pas dire qu'elle ne confiera jamais son bébé à quelqu'un d'autre. Ça veut juste dire que maintenant, ce n'est pas le moment, que le cordon symbolique n'est pas encore prêt à être coupé. Ça viendra en son temps. A 8, 11, 15 mois, ou peut-être 2, 4 ou 6 ans. Chacun son rythme, après tout. Tant que l'enfant voit du monde à côté, je ne pense pas (bien au contraire) qu'il souffre de savoir sa mère à proximité. Et un enfant qui sent sa mère sereine à l'idée de la séparation la vivra aussi, sans doute, beaucoup mieux. En tout cas pour Choupie, il n'y a jamais eu de (gros) problème.

choupie-mamie

Alors c'est vrai, sur la fin du séjour, Choupie s'est montrée visiblement plus boudeuse, plus agitée, moins disposée à manger ce qu'on lui proposait. C'était peut-être un peu long, cinquante heures, pour une première fois. Mais ça a aussi permis à ma famille de voir que tout n'est pas toujours simple, pour nous, avec ce gentil bébé si peu avare de sourires avec elles. Je me suis sentie plus reconnue dans mon rôle de mère. Celle qui assure au quotidien. Sans (trop) se plaindre.

Finalement, le seul vrai souci que nous avons rencontré, ça a été mes seins. Moi qui avait une peur bleue de l'engorgement quand j'ai repris le boulot, je n'avais bizarrement pas envisagé que deux jours et demi de séparation pourraient poser problème (il faut dire aussi que je vis depuis quelques mois dans l'illusion d'être tarie, ce qui est manifestement faux). Et au bout de 18 heures... oui, c'est vrai, ça faisait quand même un peu bobo. Je ne comptais pas utiliser le tire-lait : vu que j'envisage d'arrêter, ça m'arrangeait un peu que ma production de lait ne soit pas stimulée pendant deux jours. Mais je n'ai pas eu le choix. Et j'en remercie l'inventeur ! (c'était la parenthèse un peu triviale)

Enfin bref, voilà, je l'ai fait. J'ai confié ma fille deux jours. Et je suis fière de moi, je suis fière d'elle, je suis fière de ma mère qui ne l'a pas jetée par la fenêtre. Ce n'était pas si terrible, en fait. Comme à chaque fois.

P.S : Le titre, c'est pour "Elle part", pas pour le divorce, la drogue et la prostitution.