J'ai pas mal hésité à publier mon accouchement sur le blog. Vous n'y avez d'ailleurs jamais lu celui de Choupie. J'aime en lire, j'en lis même souvent avec le blog dont je m'occupe (habituellement), et toujours avec plaisir. Mais j'ai toujours une sorte de pudeur bizarre (bizarre parce que je suis en réalité plutôt impudique, j'ai assez peu de tabous : si vous me posez la question directement, je peux vous parler sans souci de transit ou de pertes vaginales - oui, dans votre intérêt, ne me posez pas de question) qui fait que sur ce blog, je me la joue un peu princesse.

Et puis, même si mon mari dit que je suis une MILF (mon mari est visiblement chaud en ce moment), j'ai surtout peur de me retrouver sur le site des MILK. Que quelqu'un prenne une capture d'écran du moment où je vous parle de mes points à vif et commente par un "ON NE VEUT PAS SAVOIR 😱" horrifié (mais si tu ne veux pas connaître le déroulement d'un accouchement, un acte qui consiste donc à sortir un petit humain par le vagin ou par une large entaille sur l'abdomen, rien de très glamour, donc, qu'est-ce que tu fais là à lire un article intitulé "Mon accouchement" ??).

C'est en partie pour ça que j'ai autant attendu avant de publier cet article (et puis aussi parce que je me sens un peu beaucoup débordée avec mes deux minettes, et que j'ai en ce moment bien du mal à accéder à l'ordinateur, OK OK).

Mais je me suis dit que l'intérêt collectif devrait sûrement primer sur les réticences individuelles. Parce qu'en vrai, moi (vous le verrez au cours de ce récit), j'ai été beaucoup aidée dans mon analyse de ce qui m'arrivait par ce que j'avais lu dans les récits des autres. Et dans une société où il n'y a plus de veillées entre femmes à la lumière du feu déclinant pour se raconter les mystères de la vie, c'est peut-être aux blogs que revient cette tâche d'instruire les novices.

Si vous ne voulez pas d'enfant dans l'immédiat, si vous n'en voulez pas du tout, si vous préférez rester dans l'ignorance jusqu'au jour J (pourquoi pas), si en bref, vous n'avez pas envie d'entendre parler de perte des eaux, de contractions et d'ouverture de col, passez votre chemin. C'est aussi simple que cela. Aux autres, après ce long préambule : bonne lecture !

Comment toute cette histoire de salle nature a commencé ? Je ne saurais le dire. Enfin, si. Mais je n'ai jamais eu l'impression de vraiment y réfléchir.

Un jour, alors que j'étais enceinte de six bons mois (je crois), ma sœur (sage-femme ayant fait ses études à Dijon) m'a dit qu'une salle nature venait d'ouvrir dans la maternité où je devais accoucher. Comme cela faisait des années que je parlais d'accouchement psysiologique, elle avait évidemment pensé que ça pourrait m'intéresser. Peu après, la sage-femme libérale m'ayant suivi tout mon début de grossesse m'en a parlé également. Elle aussi savait que je souhaitais (et aurais souhaité pour ma première) un accouchement sans péridurale. Il a donc été convenu que j'en parlerais à la sage-femme de l'hôpital quand je la verrais.

Evidemment, ma grossesse étant parfaite, la sage-femme de l'hôpital n'y a vu aucune objection, et m'a envoyée m'inscrire à une séance d'information pour valider mon entrée dans le parcours nature. Je m'y suis rendue, et une fois encore, au vu de mon état de santé parfait et de mes antécédents inexistants, personne n'y a vu d'objection. C'est ainsi que le jour J, je me suis retrouvée en salle nature et non en salle d'accouchement classique.

A aucun moment, je ne me suis donc posé vraiment la question de si c'était ce que je voulais. Je me suis laissée porter, j'ai suivi l'itinéraire qu'on m'indiquait. Mais a posteriori, je ne regrette pas du tout.

Je n'ai jamais vraiment ressenti l'envie d'avoir une péridurale. J'ai eu très mal, j'ai eu très peur (ces sensations, quand on ne les connaît pas, sont vraiment perturbantes), je me suis sentie très bête (de m'être imposée ça), mais je n'ai pas songé à renoncer. De toute façon, étant donné la vitesse de mon accouchement, je crois que je n'aurais pas pu : étant arrivée à la maternité à 5 cm, il aurait fallu que je la demande d'emblée (et avouez que j'aurais pas eu l'air fine alors qu'il était inscrit en lettres de feu dans mon dossier « PARCOURS NATURE »).

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Ceci est la vraie salle nature de la maternité de Dijon, si vous envisagez d'y accoucher...
(la photo a été prise par Papa-chat pendant que je douillais ma race)

Ce jour-là, nous étions donc le mercredi 19 avril. Choupie était chez sa grand-mère depuis deux jours, et je venais de terminer mon article livre photo. Ça faisait déjà trois jours que je contractais régulièrement (plusieurs fois par heure), mais sans que ce ne soit douloureux. J'avais fini par laisser tomber l'idée d'y voir un quelconque signe.

La soirée a commencé tout à fait normalement. Nous avions prévu avec Papa-chat de regarder un film (10 Cloverfield Lane, si ça vous intéresse) (j'ai trouvé ça chouette au début, plus alambiqué et presque bâclé à la fin, pour la critique cinématographique à la truelle), mais je me suis rappelée que j'avais une lessive dans la machine. J'ai dit à Papa-chat : « Je sais que ça ne va pas te plaire, mais il faudrait étendre le linge avant le film, parce que si j'accouche pendant qu'on le regarde, qui sait quand on pourra revenir le faire... » (intuition salvatrice !) On a donc étendu le linge, et on s'est installés pour regarder le film vers 21h.

Mais peu après le début, j'ai commencé à ressentir de petites « douleurs de règles ». Je le note car je crois que si je ne l'avais pas lu ainsi un peu partout, je n'aurais pas identifié ça à un début de travail (pour Choupie, j'avais commencé par perdre les eaux, je n'avais pas de contractions). Là, tout de suite (ou presque), ça m'a mis la puce à l'oreille. Mais de toute façon, très rapidement, il n'y a plus eu de doute possible, car c'est devenu beaucoup plus concret. J'ai passé à peu près la moitié du film à serrer les dents régulièrement, en notant la fréquence des contractions (toutes les dix minutes à peu près) et en attendant que les deux heures fatidiques s'écoulent (« Signes de départ pour la maternité pour un deuxième : des contractions toutes les dix minutes pendant deux heures », était-il écrit sur la fiche donnée par ma sage-femme).

Mais au bout d'une heure et quart, Papa-chat n'y a plus tenu, et nous nous sommes mis en branle (une expression qu'on n'utilise pas assez). Moi, j'étais un peu sceptique. J'aurais voulu attendre les deux heures pour être sûre que tout ne s'arrête pas d'un coup. Mais la suite allait lui donner raison.

J'ai complété ma valise de maternité et j'ai pris une douche pendant que Papa-chat allait chercher la voiture. Et nous sommes partis. Cela paraît très rapide dit comme ça, et ça l'était sans doute dans les faits (pas plus d'un quart d'heure/vingt minutes), mais sur le coup, ça m'a paru une éternité. Je me disais : « Ça y est, on part, c'est sûrement la bonne. » et tout en étant assez sereine intérieurement, je tremblais de tout mon corps (oui oui, c'est possible).

Durant le trajet en voiture, les contractions se sont petit à petit rapprochées et intensifiées. Je suis arrivée en plein travail à la maternité, vers 23h. Je suis allée faire pipi dans un gobelet entre deux contractions, ce qui était assez compliqué (mais je suis connue pour avoir du mal à faire pipi dans les gobelets : je ne compte plus le nombre de personnes qui pensent à moi en faisant pipi dans leur gobelet !) (je n'ai toujours pas réussi à déterminer si je devais m'en sentir flattée).

La sage-femme m'a examinée, col ouvert à 5, donc, et a posé le cathéter et le monitoring, cadeaux de bienvenue habituels à la maternité, parcours nature ou non. Encore une fois, ça m'a paru une éternité, alors que ça n'a dû durer qu'une heure en tout. Mais à ce moment, j'avais vraiment mal et je commençais déjà à ne plus penser très clairement.

Après la fin de la surveillance par monitoring, vers minuit, on m'a envoyée en salle nature – la fameuse ! Comme la première fois que je l'avais visitée, je dois avouer que je ne l'ai pas trouvée très engageante. Et puis, c'était super tous ces équipements (ballons, canapé, sangles), mais je ne savais pas trop comment m'en servir et on ne m'a pas spécialement expliqué (moi j'avais eu une préparation avec de la sophrologie, pas vraiment orientée vers les positions analgésiques).

Mais pour être tout à fait honnête, de toute façon, une fois encore, j'avais l'esprit un peu trop embrouillé pour bien comprendre ce qu'on me disait. Je ne savais pas trop si je voulais qu'on me guide, qu'on me soutienne, qu'on me laisse tranquille, je voulais un peu tout et son contraire. En l'occurrence on m'a laissée tranquille, que ce soit les sages-femmes ou Papa-chat qui, à l'exception de quelques blagues de temps en temps (que je trouvais particulièrement inappropriées vu à quel point je souffrais à côté de lui) (mais bon, objectivement, je ne pouvais pas lui imposer d'être tragique, ça n'aurait pas été approprié non plus), se tenait à carreau dans son coin de canapé.

J'ai surtout utilisé les sangles. Probablement pas de la bonne façon puisque je me suis contentée de tirer dessus très fort, je ne me suis pas suspendue, mais ça m'a fait du bien sur quelques contractions. Puis j'ai ressenti comme un gros ballonnement et en un sploutch magistral, j'ai perdu les eaux au milieu de la salle (en me demandant tout d'abord si je ne venais pas d'être lâchement abandonnée par mon périnée – je crois que c'est la première pensée de tout le monde en pareil cas : on a beau être prévenue, c'est toujours bizarre). Les contractions sont immédiatement montées d'un cran.

A partir de là, on m'a à nouveau examinée, on m'a annoncée que j'étais à 6-8 (ça m'a semblé bizarre, il ne me semble pas que ce soit la même chose, 6 ou 8, et je ne comprenais pas non plus pourquoi tout le monde commençait à s'agiter alors que pour moi 6-8, ce n'est pas près de la fin du tout - c'est à peu près le moment où on m'a posée la péri pour Choupie, et six bonnes heures se sont écoulées ensuite avant que je n'accouche...) et on m'a proposé d'aller dans la baignoire pour soulager mes contractions, qui étaient devenues difficilement gérables.

J'ai passé à peu près cinq minutes dans la baignoire (en train de se remplir) à essayer de trouver une position confortable, ou du moins pas trop douloureuse, et sur une contraction particulièrement forte, j'ai senti que « ça poussait ». Là encore, je le mets entre guillemets, car si je n'avais pas lu d'autres récits d'accouchement sans péridurale, je ne suis pas sûre non plus que j'aurais identifié la sensation. Peut-être qu'elle se serait mêlée à la multitude de sensations désagréables et bizarres que je ressentais depuis le début. Une fois encore, ça faisait comme un gros ballonnement en direction du bas de mon dos, ce qui est assez loin de ce qu'on peut imaginer de la magie de la naissance, vous en conviendrez.

Examen, dilatation complète et rapatriement en urgence (la maternité ne pratiquant pas les accouchements dans l'eau) dans la salle nature, où avait été installé un lit médicalisé. Là encore, des sensations bizarres. Si je n'avais pas su que c'était ça, je crois que je n'aurais pas du tout identifié cette pesanteur en direction de mes fesses comme la tête de mon bébé (et je comprends les filles qui, faisant un déni de grossesse, ne se rendent pas du tout compte qu'elles vont accoucher avant d'avoir leur bébé dans les bras – ou au fond de la cuvette !). Du coup, c'était assez effrayant, et je me souviens avoir répété à Papa-chat que j'avais peur. Mais bon, je n'avais plus trop le choix à présent, alors j'ai poussé comme j'ai pu.

Je ne crois pas que la sortie de mon bébé ait été particulièrement douloureuse. Les mains de la sage-femme qui essayait de lui faire une place (encore une fois, une sensation à vivre au moins une fois dans sa vie !), oui, mais pas tellement mon bébé en lui-même. C'était surtout fatigant et dur, d'autant plus, comme je le disais, que je n'associais pas clairement la sensation de pesanteur à mon bébé, que je n'avais pas l'impression de pousser un bébé (je n'avais pas non plus l'impression de pousser un caca, pour le dire crûment, si c'est ce que vous vous demandiez : non, vraiment, je ne savais pas trop ce que je poussais) (même si rationnellement, je savais bien que c'était ma fille, mais toute cette histoire de bébé qui grandit dans le ventre est très perturbante et difficile à accepter mentalement, vous ne trouvez pas ?).

Mais malgré tout, c'est bien un bébé qu'on m'a posé sur le ventre, le jeudi 20 avril à 1h19, au terme de quelques poussées et d'une menace d'appeler le docteur (je me demande si ce n'est pas une menace systématique : on m'avait déjà fait le coup avec ma première). Ce qui était proprement incroyable (c'est le moment où on réalise que vraiment il y a un bébé qui a grandi dans notre ventre, parce qu'on a beau chercher, ils n'ont pas pu le sortir d'ailleurs). Je n'arrêtais pas de répéter : « Mon bébé, mon bébé... » Un beau bébé (comme on dit) de 3,715kg. Il paraît que tout le personnel rigolait bien qu'il m'ait fallu une péridurale pour sortir une crevette de 2,840kg et pas pour celle-ci qui faisait presque un kilo de plus.

La suite a été particulièrement désagréable. Le placenta à expulser, les pressions sur le ventre car je perdais pas mal de sang et qu'il fallait vérifier que ce n'était pas une hémorragie (non) et les points à vif (deux tout petits, mais que j'ai très très bien sentis !), le tout sur fond de douleur intense à l'entrejambe. Je crois que de tout mon accouchement, c'est cette partie qui a été la plus tramatisante (d'autant plus qu'à un moment, la sage-femme a coupé un... truc - on ne sait toujours pas quoi - et qu'une gerbe de sang immense est venue éclabousser toutes les personnes présentes dans la pièce : gros film d'horreur). Je voulais juste qu'on ne touche plus (jamais !!) à cette partie de mon corps. Heureusement, ça s'est très vite calmé quand on a arrêté de me tripoter et qu'on m'a mis une perfusion de paracétamol (je pense donc que ça se serait aussi très vite calmé sans rien, le paracétamol n'étant pas non plus le nec plus ultra de l'anti-douleur).

A partir de là, du moment où la douleur s'est calmée, j'ai vraiment pu commencer à profiter de mon accouchement sans péri. C'est-à-dire que j'ai pu remarcher tout de suite, aller aux toilettes tout de suite, me lever de mon lit sans surveillance particulière. En quelques heures, j'étais remise ! Toujours douloureuse, il ne faut pas non plus se leurrer, mais vaillante ! Pour moi ça a vraiment été un plus non négligeable par rapport à mon premier accouchement, dont il m'a fallu plusieurs jours pour me remettre complètement.

Au bout de deux jours, j'étais prête à partir, physiquement et psychologiquement. Il a juste fallu attendre que Kitty-jolie reprenne du poids, ce qui n'était pas encore le cas (en même temps, elle partait de haut !). Nous sommes rentrées le troisième jour (pile-poil pour aller voter), gonflées à bloc pour commencer notre nouvelle vie à quatre !

Est-ce que cette vie à quatre s'est avérée aussi simple, facile et évidente que l'a été cet accouchement et ses suites de couches ? Oui... et non. Mais ça, je vous l'expliquerai dans les prochains épisodes... (Si j'arrive à trouver le temps de les rédiger.) (Rien n'est moins sûr !)

PS : En relisant cet article, je vois que je n'ai pas un seul mot gentil pour la sage-femme et l'auxiliaire puéricultrice qui m'ont aidée à accoucher. Au contraire, j'ai plutôt l'air de m'en plaindre, en disant qu'elles ne m'ont pas guidée pour la gestion de la douleur et ont martyrisé mon entrejambe pendant et juste après la naissance de Kitty. Ce n'est pas complètement faux, mais en réalité, leur présence a été bien plus positive que négative : elles m'ont permis de gérer mes contractions comme je le souhaitais, ont été super réactives à chaque étape, m'ont proposé d'aller dans la baignoire au bon moment, ont fait naître mon (gros) bébé sans nous abîmer ni elle ni moi, et ont rigoureusement veillé à ce que je ne décède ni d'hémorragie ni de septicémie à la suite de mon accouchement. Elles ont toujours été gentilles et disponibles, se sont pliées en quatre pour satisfaire tous mes désirs, ont laissé Papa-chat couper le cordon et habiller Kitty, et moi faire du peau à peau et allaiter ma petite autant que je le voulais. Je n'ai absolument rien à leur reprocher, elles ont été parfaites. Et je tenais quand même à le dire.