J'ai pas mal d'amies mamans. Je trouve ça plutôt chouette : on partage nos expériences, on se soutient, on s'entraide... Mais sans qu'on s'en rende compte, ça tourne vite au concours du meilleur bébé. C'est normal, hein, on en est fières, de nos bébés. Alors quand ils font leurs nuits, quand ils sortent une dent, quand ils se tiennent assis seuls, on le dit. Mais c'est aussi très complexant. Parce qu'entre le bébé qui se promène tout seul dans le salon à 4 mois et celui qui dit "Maman" à 6, tu as vite tendance à te demander ce qui cloche avec le tien. Pourtant, tu as eu ton bac avec mention, tu as fait des études, tu t'es toujours considérée comme intelligente... Pourquoi diable ton bébé serait-il en retard ? Je dirais même plus : pourquoi diable ton bébé ne serait-il pas en avance ? Ce bébé fait du quatre pattes, pourquoi il ne fait pas du quatre pattes, le tien ? Certes il a un mois de moins, mais enfin, compte-tenu de son code génétique glorieux (glorieux, j'insiste), il devrait avoir au minimum deux mois d'avance !

Si les mamans blogueuses, forumeuses, et même facebookeuses se sont données un mot, c'est celui-ci : "Je ne suis pas une mère parfaite". Vous n'entendrez personne vous dire : "J'élève toujours mon enfant parfaitement et vous devriez faire pareil, bande de nulles" (même si parfois c'est ce qu'on lit entre les lignes). Déjà parce que ce serait probablement faux, ensuite parce que ce serait évidemment anti-démagogique.

Alors, pourquoi voulons-nous que nos bébés, eux, fassent mieux que tout le monde ? Pourquoi exigeons-nous d'eux ce que nous n'exigeons même pas de nous-mêmes ? Tous ces bébés entreront à l'école autour de 3 ans, ils sauront alors tous marcher et parler (du moins on peut le supposer) et à partir de là tous apprendront la même chose. A part quelques irréductibles qui sauteront trois classes, tous passeront le bac entre 17 et 18 ans et chacun aura la même chance de faire carrière dans un domaine donné. Quel est donc, sérieusement, le but de cette course aux premiers pas, aux premiers mots, comme si tout leur avenir dépendait de ce qu'ils sont capables de faire à 6 mois ?

J'ai marché à 9 mois (le plus grand fait d'armes de ma vie) (avec ma victoire à un concours de nouvelles départemental) et je ne suis pas pour autant devenue athlète olympique. J'ai parlé beaucoup plus tard et pourtant, si je suis un peu plus douée que la moyenne quelque part, c'est certainement dans le maniement de la langue française (je vous ai parlé de ma victoire à un concours de nouvelles ?) (j'avais 17 ans) (ok ok, de l'eau a coulé sous les ponts).

Si je me plains, vous vous en doutez, c'est que ma Choupie, elle n'est pas spécialement en avance. Pas en retard non plus, mais enfin, elle ne casse pas la baraque du développement psychomoteur (lorsque j'entends tous les parents autour de moi vanter les progrès de leurs enfants, j'ai toujours ce dessin de It's a mum's life qui me revient en mémoire). Elle est normale, et c'est presque décevant.

Alors je lui cherche des excuses. Oui, elle grogne comme un bébé cochon pour s'exprimer. Mais si on ne lui répondait pas nous-mêmes comme des parents cochons, en grognant aussi, peut-être qu'elle essaierait autre chose. Le truc, c'est que ça nous amuse, et que ça l'amuse elle aussi (si elle a bien quelque chose de développé, c'est son sens de l'humour). Oui, au sol, elle s'agite comme un poisson sorti de l'eau sans avancer d'un centimètre. Mais c'est peut-être aussi qu'elle est toujours fourrée dans nos bras. Ne vous méprenez pas, la motricité libre (bébé au sol la majeure partie de la journée et roule ma poule), je trouve ça vraiment cool ! Mais faut avoir le bébé qui va avec. C'est à dire tout sauf un bébé hypersensible terrorisé par l'idée que ses parents pourraient l'abandonner (et pourtant, s'il y a des parents présents à toute heure du jour ou de la nuit pour leur bébé, c'est bien nous) (pour tout vous dire, ma théorie, c'est que son insécurité est le contrecoup des crises d'angoisse que j'ai faites durant ma grossesse) (pas glop, je sais).

Aujourd'hui, je crois que je suis un peu plus apaisée, par rapport à tout ça. Je suis moins à l'affût du moindre progrès. Je n'attends pas d'elle qu'elle se mette soudainement à gambader à quatre pattes ou à parler. En fait, je pense que ça me ferait même très bizarre, qu'elle grandisse tout d'un coup. Si elle prononçait ne serait-ce que "Papa" ou "Maman", ça me ferait repenser toute notre relation : j'aurais l'impression que mon bébé serait devenu un enfant (un peu comme le jour où j'ai appris son sexe : notre foetus androgyne est alors devenu notre petite fille, et tout a changé). Je ne suis pas vraiment pressée de vivre ça, même si je pense que c'est une émotion très forte.

Et puis, ce n'est pas comme si je pensais ma fille complètement stupide. Flemmarde, pas très débrouillarde, rapidement découragée... oui, peut-être (comme ses parents j'ai envie de dire). Bête, certainement pas. Moi je la trouve au contraire particulièrement intelligente : il faut la voir observer les gens avec ses grands yeux bleus-verts (bleu et vert, en fait, vairons, même que) si sérieux, s'intéresser à toutes les conversations d'adultes avec sa petite bouche entrouverte. Curieuse, aussi, elle est : elle se montre tout à fait capable de choper un objet convoité à la vitesse de la lumière (s'il est dangereux ou fragile, c'est mieux) puis de le tenir dans ses petites mains pour l'observer sous toutes les coutures en roucoulant... avant de s'en désintéresser et de le jeter (volontairement !) par terre. Plein de petites choses pour lesquelles il n'existe pas de case à cocher dans le carnet de santé mais qui nous prouvent que dans sa petite tête, ça avance vite et bien.

canapD'ailleurs, pourquoi elle se casserait les pieds à parler et à marcher, Choupie, alors qu'elle a des esclaves qui accourent auprès d'elle dès qu'elle se met à râler et se chargent de combler tous ses désirs ?

(article plébiscité par l'Amicale des Parenthèses) (si vous avez du temps à perdre, je vous propose de les compter)