Ma fille, c'est ma fierté. Dès sa naissance, ça a été ma fierté. Les compliments affluaient : "Elle est petite mais parfaitement proportionnée", "Tous les cheveux qu'elle a !" (ça a bien changé), "Comme elle est éveillée, déjà !" Avant même sa naissance, c'était ma fierté. J'entendais : "Elle est parfaite, tout va bien, elle a cinq doigts à chaque main" et je rougissais jusqu'aux oreilles (on se rengorge de tout). Encore aujourd'hui, quand on me dit : "Qu'est-ce qu'elle est belle !" ou "Comme elle est intelligente !", je réponds naturellement "Merci". Comme si j'y étais pour quelque chose.

C'est vrai, on les nourrit, on les soigne, on les habille, mais on n'est pas responsables de leur apparence ou de leurs facultés intellectuelles. Quand je me regarde dans la glace et que je me trouve jolie (si si, ça arrive), je n'envoie pas un sms à ma mère pour la remercier. Quand je reçois un diplôme, je n'évoque pas le cadeau génétique de mes parents dans mon discours de remerciements (déjà parce qu'à la fac, en France, on va chercher ses diplômes au secrétariat et que tout ce qu'on attend de nous, c'est de signer dans la case correspondante à notre nom... point de chaleureuses félicitations à l'horizon !). Quand on nous dit que nos enfants sont réussis, au lieu de répondre "Merci", on devrait répondre : "C'est vrai, je trouve aussi" (bon, en fait, j'ai déjà un peu tendance à le faire, et je peux vous dire que ça vous fait passer pour une personne un poil bizarre).

Et pourtant parfois, l'insatisfaction prend le dessus. Je ne sais plus si je l'ai dit (en fait cet article reprend un peu celui-ci, le complète et le conclue, en quelque sorte), mais la plupart des bébés dont j'ai régulièrement des nouvelles sont plus grands que Choupie-chat. Le bébé de ma copine d'IUFM ? Un mois et demi plus vieux. Le bébé de ma belle-soeur ? Trois semaines et demi plus vieux. Les bébés de mes copines de forum ? Entre un mois et une semaine plus vieux. Quand je lis leurs progrès, j'ai toujours l'impression que Choupie est à la traîne. C'est pourtant logique, puisqu'elle est plus jeune. Mais ça me demande des efforts de me dire : "C'est normal que cette petite fille sache faire ça et pas Choupie, elle a un mois de plus !" (et dieu sait qu'ils apprennent de nouvelles choses tous les jours... alors en un mois !)

Qui plus est, une analyse rationnelle des progrès de chacun nous apprendrait, je pense, que cette impression qu'ils sont tous plus en avance est un effet d'optique. En voilà un qui a huit dents mais qui ne se déplace pas du tout, en voilà un autre qui gambade à quatre pattes mais qui n'a pas une dent, en voilà un qui a compris "Papa" et "Maman" mais qui refuse la nourriture solide, en voilà un autre qui mange comme quatre et de tout mais qui reste absolument mutique. D'où la croyance erronée que le bébé lambda de 9 mois devrait avoir plein de dents, manger comme un adulte, parcourir toute la maison sur ses genoux et maîtriser le vocabulaire basique. Mais j'ai beau me creuser la tête, un bébé qui sait faire tout ça à la fois à tout juste 9 mois, je n'en connais aucun (je ne doute pas qu'il y en ait, mais ils ne sont pas dans mes contacts).

Alors au final, ma petite de 8 mois 1/2 qui a trois dents, rechigne assez peu sur la nourriture qu'elle soit mixée ou solide (sauf pour la compote de fruit qu'elle n'aime pas) (incompréhensible pour moi qui adore les fruits), maîtrise toutes sortes de sons (baba, dada, tata, gaga, papa, tssseeeu, bleeeeu, pffffeeeu, grrreu) dont elle nous abreuve toute la journée, sait très bien aller chercher ce qu'elle veut en alternant déplacement fessier, reptation et même marche sur deux pieds (si elle a réussi à s'aggriper à un objet assez stable), je trouve qu'elle ne s'en sort pas si mal.

Pas si mal ? C'est sans doute en dessous de la réalité (on le sent, l'orgueil maternel qui remonte en flèche ?). A Noël, j'avoue avoir été surprise et secrètement ravie de voir les tantes paternelles de Choupie s'extasier sur la volonté, la force et l'équilibre dont elle faisait preuve pour se hisser debout et marcher avec de l'aide, au contraire de son cousin, trois semaines et trois kilos de plus, qui ne quittait pas son trotteur ou les bras de sa mère. Est-ce que j'ai raison d'en être fière ? Je ne sais pas. Si Choupie est aussi vive et déterminée, c'est sûrement qu'elle a hérité de moi le fait d'être une boule de nerfs : elle s'endort avec difficulté, doit toujours avoir quinze activités à la minute et râle quand elle n'obtient pas immédiatement ce qu'elle veut. Elle a un sacré caractère, depuis toujours (quand elle avait 1 mois de vie, la kiné le disait déjà). Nous on essaie de suivre et de l'aider à aller au bout de ses rêves.

calin-papa(jeux de brutes avec Papa) (ah, vous pensiez que c'était un câlin ?)

Et j'ai presque un peu honte, en fait, de me sentir membre de la confrérie des parents pousseurs (alors que c'est complètement contraire à mon idéal éducatif) qui veulent toujours plus de leur enfant, l'entraînent quotidiennement comme à l'armée (si si, on fait de la marche sur deux pieds tous les jours -à sa demande, évidemment- et je lui répète "Regarde c'est Papa, Pa-Pa" à longueur de journée), puis se vantent de chaque avancée comme si le petit avait décroché la médaille du mérite. J'espère que je ne ferai pas pareil avec les activités scolaires car pour moi, ramener l'école à la maison, lieu où on exerce sa liberté et sa créativité, c'est franchement l'angoisse (nous, par exemple, on n'a jamais été poussées et ça ne nous a pas empêchées d'être bonnes en classe) (bon, d'accord, nos parents nous traitaient de cancres quand on ramenait un B+ au lieu d'un A en primaire, mais après le sermon, c'était fini, on pouvait aller jouer dans le jardin).

Comme dirait Lorette, les parents, jamais contents !